Le bilan négatif du cinéma marocain

La chambre marocaine des producteurs de films a dressé un bilan négatif des activités cinématographiques marocaines pour l’année 2001.
Le contenu de ce bilan s’inscrit parfaitement dans le titre du communiqué : «2001 : une année triste, terne et… désespérée». Dans l’introduction du communiqué, les membres de la Chambre marocaine des producteurs de films (CMPF) regrette de présenter au public «une des années les plus tristes et les plus moroses qu’a connues le secteur du cinéma au Maroc».
Ce bilan se divise en plusieurs parties qui évoquent l’actualité cinématographique de l’année précédente.
Les titres sont très accrocheurs : «janvier 2001 : le mois de tous les espoirs», «février : espoir déçu… déjà», «mars : la chambre réagit», «avril : le Directeur se venge… et puis plus rien», «juin-juillet : l’année blanche», «septembre : l’espoir renaît», «octobre : pas de prime en juin… pas de journée en octobre», «novembre : les portes fermées», «décembre : deniers publics pour intérêts privés», «2001 : basta !» et «2002 : l’espoir continue». Nul besoin d’entrer dans le contenu que coiffent ces titres pour deviner que le bilan arrêté par la CMPF sonne l’alarme quant à une situation jugée très préoccupante. Un seul homme est rendu responsable de cette situation : le directeur du Centre cinématographique marocain (CCM), Souheil Ben Barka. Le vice-président du CMPF, le réalisateur Saâd Chraïbi, n’hésite pas à parler de «confrontation ouverte» avec le directeur du CCM. Il avoue dans ce sens à notre journal que «le CCM est le principal frein au développement du cinéma marocain». Cette querelle tient au fait que le directeur du CCM, qui est également propriétaire des complexes Dawliz, refuse de passer plusieurs films marocains dans ses salles. «Une telle décision ne signifie qu’une seule chose : la mort lente mais sûre du cinéma marocain», conclut le CMPF. Pourquoi le Dawliz alors qu’il existe d’autres salles où les films marocains pourront être montrés ? Saâd Chraïbi estime que «le Dawliz constitue une force, un catalyseur de films marocains», et que le fait qu’un film n’y passe pas compromet de facto sa carrière. Les responsables du CCM sont aux abonnés absents. Le chef de service des relations extérieures et de la coopération a toutefois formulé le principal argument de ceux qui prennent parti pour le directeur de cet organisme : «on ne peut pas imposer aux exploitants de salles des films de quelque nature qu’ils soient». C’est au nom de la sacro-sainte loi du bénéfice que nombre de films marocains sont rejetés.
Mais cette situation crée un imbroglio dangereux, dans la mesure où elle confond les intérêts du CCM avec ceux des salles Dawliz.
La CMPF est constituée de réalisateurs et de producteurs de films. On y dénombre 18 cinéastes dont Saâd Chraïbi, Jillali Ferhati, Farida Belyazid, Ahmed Boulane, Mustapha Derkaoui, Abdelhay Laraki, Omar Chraïbi et d’autres… C’est dire que nombre de nos meilleurs professionnels du 7ème art y sont présents, et que le bilan qu’ils ont arrêté doit être pris au sérieux. Quels que soient les enjeux de cette guerre entre le CMPF et le directeur du CMM, force est de reconnaître qu’elle pénalise le film marocain.

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