Le bonheur est dans le fjord…

Le bonheur est dans le fjord…

Lu, au hasard des dépêches, l’information qui suit : neuf Norvégiens sur dix se déclarent heureux et l’argent n’y est pour rien. Quelque 83% des 1.500 personnes sondées jugent leur situation financière « relativement bonne » ou « très bonne ». Mais le lien entre bonheur et argent n’est pas systématique dans ce pays très riche qui a bâti sa fortune sur l’exploitation pétrolière. Un Norvégien sur trois se dit même « très heureux » et six sur dix « assez heureux », selon une enquête réalisée en janvier. Comme source de félicité, les Norvégiens citent la famille, la santé et les amis. OK, tout cela est très bien, puisque, nous autres Marocains, ne nous différencions pas tellement des Norvégiens, tout au moins en ce qui concerne ces trois derniers paramètres. Car, de prime abord, ce sont les trois sujets que l’on évoque dans quasiment toutes les conversations, quel que puisse en être le sujet. Mais là où ça change, c’est que, des fois, la famille, la santé et les amis meublent l’essentiel des conversations et ne sont cités que pour déverser une avalanche de reproches, de plaintes et de ragots. «Comment va la famille ? -Ah, ne m’en parlez pas, mon père est souffrant, ma mère qui le soigne devient dépressive et mes frères et soeurs ne font rien pour remédier à la situation ». Et la santé ? -mon Dieu, ce n’est guère meilleur, avec tout le stress lié aux soucis familiaux, au travail, au transport et à mille et une autres petites choses de la vie. Et avec les amis, ça va ? –Penses-tu !, hier Untel est allé raconter partout un secret que je lui avais révélé à propos d’une amie. Un secret qu’il m’avait pourtant promis de ne révéler à personne ! ». Donc, si l’on se fie à ce petit florilège d’exemples –certes subjectifs -, ce n’est pas de ce côté-là que le Marocain va aller chercher le bonheur. Du moins, pas totalement. Mais, si, ces ingrédients sont saupoudrés d’un petit peu de réussite financière, le discours s’en trouve tout d’un coup changé du tout au tout. Et je vous laisse imaginer les changements qui s’opéreraient illico dans les petits dialogues imaginaires que vous avez pu lire plus haut. On se retrouverait avec les parents envoyés à la Omra ou dans une station thermale, les enfants qui poursuivent leurs études à Harvard, Cambridge ou Princeton, le petit dernier qui a étrenné sa nouvelle moto. Le travail deviendrait une série de réunions et des directives données au téléphone en faisant du yoga. Côté santé, on évoquerait la dernière station de thalassothérapie, qui fait des miracles, à moins que ce ne soit la piscine couverte installée au coin du jardin… Pour les amis, on évoquerait les vertus de la famille Machin venue dîner à la maison, et dont les enfants sont adorables. Et les Norvégiens dans tout cela ? On serait tenté de le dire : faites gaffe ! Les pateras risquent d’envahir les fjords ! Car si la quasi-totalité de nos malheureux rêveurs sont dans l’indigence matérielle, certains d’entre eux «brûlent» juste pour être moins malheureux.

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