Le cinéma contre l’oubli

L’action se passe à Beyrouth, la capitale libanaise. Le temps est celui de l’après-guerre civile. Une guerre qui a fait 360.000 morts, 50.0000 blessés, 17.000 kidnappés, sans compter les disparus, les villes détruites, et le tiers des Libanais qui ont quitté le pays.
Une guerre qui a ravagé, entre autres villes et villages libanais, une Beyrouth que l’on surnommait la « perle » des capitales arabes, désormais l’ombre d’elle-même. « L’ombre d’une ville » est à juste titre le film présenté à la deuxième chaîne (2M) vendredi dernier. Réalisé par Jean Khalil Chamoune, le film est une série de témoignages de simples gens qui ont longtemps fait les frais d’une guerre aussi injuste qu’injustifiée. Bien que les armes soient posées, les blessures, aussi bien physiques que psychologiques, se font toujours sentir. La mémoire est toujours vivace. Une mémoire qui fait figure dans le film d’une ombre, une trace, une empreinte des êtres disparus destinée aux générations qui n’ont pas eu le malheur de vivre les affres des années de guerre. « Ils ont le droit de savoir.
Je crois fermement qu’on ne pourra pas être coupé de notre histoire mais qu’il est nécessaire d’apprendre de nos expériences même si elles sont négatives ». Il s’agit également d’un moyen, à travers la caméra, de se libérer du lourd fardeau de cette même mémoire, une sorte de catharsis. Très attaché à la réalité, le réalisateur ne manque pas d’introduire ici et là, et tout au long de sa fiction, des images d’archives. «Pour moi les images d’archives donnent plus de force au récit. L’histoire de mon film est d’ailleurs basée sur une vérité historique, un témoignage de la réalité que j’ai vécue durant la guerre que je n’ai pas pu faire dans le documentaire. J’ai réussi à le faire en partie dans ce film ». Ayant réalisé plusieurs documentaires sur le même thème avant de se lancer dans son long-métrage, premier du genre, Chamoune en est venu à ne plus faire de distinction entre la fiction et le documentaire. Ce qui l’intéresse, c’est de s’exprimer quelque soit le moyen de le faire. « J’avais recours au documentaire à une phase de ma vie, une période de guerre parce qu’il est plus pratique, plus direct. Le Liban avait vécu une guerre très difficile qu’il fallait traiter de manière réelle.
De même ce n’était pas facile de faire des fictions vu la difficulté de la guerre, les accrochages, les bombardements, les problèmes de déplacement. Sans évoquer les problèmes de financement. Autant de contraintes qui empêchaient de faire de la fiction ».
Le réalisateur a tout vu de la guerre du Liban. Il en fait le thème de tous ses travaux. Avec sa femme Mai Masri, ils sont allés dans les endroits les plus difficiles et ont assisté aux drames les plus atroces.
Seul témoin : leur caméra. Le résultat en a été un film non seulement sur le Liban mais sur la guerre tout court. Une portée universelle et une autre guerre, menée cette fois contre l’oubli. Car, et comme le dit une des actrices dans L’ombres d’une ville, « Celui qui mise sur l’oubli, il est en train de préparer une autre guerre » . C’est dire qu’il ne faut jamais oublier pour éviter de tomber dans les mêmes erreurs.

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