Le corps mis à mal

Le corps mis à mal

Au centre de la recherche de Zakaria Ramhani, le corps s’énonce comme objet d’attraction et de répulsion. Il est montré dans ce qu’il subit, les tensions intimes, les agressions extérieures, dans la mort pressentie.
On est loin des déclinaisons de la beauté, pourtant elle surgit de ces corps d’hommes et de femmes livrés dans leur mal-être, traversés parfois par le souvenir d’une enfance perdue.
La beauté naît de la vérité de la vision, de la confidence juste du jeune artiste, qui dans les pâleurs rosées et bleuâtres des chairs, l’exubérance des attributs féminins, le grotesque des postures, interpelle le monde, sa propre conscience, à la recherche d’une harmonie, d’une pureté, qu’il sollicite en vain.
Dans les tous derniers dessins, il sort de l’énoncé d’une histoire et se contente d’une ébauche de formes, d’une palette réduite et claire, comme s’il accédait à un pallier plus serein où il pouvait oublier, filtrer en quelque sorte les pensées morbides pour accéder après le parcours labyrinthique à une écriture plus mentale, moins envahie. Des portraits chargés de douleur, de stigmates renseignent sur son regard, sa vision de l’homme malade de solitude dans une société où une partie de la jeunesse a perdu l’espoir. Pourtant, la vitalité de la peinture dément le premier discours.
La rage de peindre, comme la rage d’écrire et de faire de la musique, est une rage de vivre chez Zakaria Ramhani.
S’il met le corps à mal, c’est dans l’espoir d’en connaître les secrets, les mécanismes, les désirs. Il l’exhibe pour se confronter à lui, dans une auto-critique sans complaisance, pour construire un espace habitable.

• Nicole de Pontcharra

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