Le FIFM récompense les films humanistes

C’est finalement l’exigence esthétique qui a présidé au choix du jury de la 6ème édition du Festival international du Film de Marrakech. Le très exigeant Roman Polanski, président du jury, a annoncé la couleur dès le début de la cérémonie de clôture. «Nous avons voulu honorer le film le plus touchant et le plus abouti artistiquement». Selon le jury, le film qui a réuni ces deux critères est le long-métrage allemand «Le Perroquet rouge». Il a donc reçu l’Etoile d’Or (Grand Prix du festival). Son réalisateur, le Munichois Dominik Graf, s’est également démarqué par une bonne direction des acteurs. Ainsi, le Prix de la meilleure interprétation masculine a été décroché par le jeune acteur allemand Max Riemelt pour son rôle dans «Le Perroquet rouge». Double distinction donc pour ce film, qui sort vainqueur d’une compétition très serrée qui a mis aux prises une sélection de quinze films.
«Le Perroquet rouge» est un récit rétrospectif sur les années de plomb en Allemagne, alors séparée par le tristement célèbre Mur de Berlin (Berliner Mauer). En arrière-plan une simple histoire d’amour. «Siggi», interprété avec brio par le jeune acteur talentueux Max Riemelt, venu à Dresde pour y travailler tombe follement amoureux de «Luise» qui l’introduit au sein du club de danse appelé «Le Perroquet rouge» et lui présente son mari. Moralité : c’est au milieu des crises les plus aiguë que naissent les plus belles histoires d’amour.
Dans le même ordre d’idées, le jury a sacré une histoire du même genre en décernant le prix de la meilleure interprétation féminine à l’actrice rwandaise Fatou N’Diyae pour son rôle dans le film «Un dimanche à Kigali » réalisé par le cinéaste canadien Robert Favreau.
Il s’agit d’un récit journalistique sur le génocide des Tutsis. L’histoire remonte à 1994. Un journaliste canadien débarque à Kigali pour réaliser un documentaire sur les ravages du sida en Afrique. Mais contre toute attente, il tombe en plein conflit ethnique entre les Hutus et les Tutsis. Le Rwanda était livré en pâture à une guerre civile atroce. C’est dans cette atmosphère noire que naît une histoire d’amour excentrique entre le journaliste «Bernard Valcourt», personnage campé par Luc Picard, et «Gentile», une jeune serveuse rwandaise, belle et rebelle. S’agissant, maintenant, du Prix spécial du jury, il a été remis au film «The Paper will be blue». Le jury a salué à travers ce film «l’extrême audace» de son réalisateur roumain Radu Muntean. Ce dernier nous invite dans ce film à redécouvrir la face hideuse de la dictature, qui a ravagé la Roumanie sous le règne de Ceausescu.
Pour la petite histoire, un jeune soldat, nommé «Cosi», est persuadé qu’il est du devoir de chaque Roumain de combattre les partisans de Ceausescu après tant d’années de dictature sanguinolente. Le 22 décembre 1989, qui marquera le début de la chute de la dictature, il abandonne son unité et décide de prendre part à la révolution.
En distinguant «Le Perroquet rouge», «Un dimanche à Kigali» et «The Paper will be blue», le jury a récompensé, par-delà les choix esthétiques, des thématiques profondément humanistes.

L’autre prix du jury
Avant l’annonce du palmarès final de la compétition officielle, le président du jury a tenu à saluer, au nom de tous les membres de celui-ci, «l’intérêt que le Royaume du Maroc attache à la culture en général et au cinéma en particulier». Ce témoignage est d’autant plus précieux qu’il émane du grand cinéaste Roman Polanski.
Il a été partagé par l’ensemble des festivaliers, marocains et étrangers. Si les deux films marocains «What a wonderful world» de Faouzi Bensaïdi et «Wake-up Morocco» de Narjis Nejjar n’ont pas été distingués, ce n’est que partie remise. Le principal mérite du FIFM, au-delà de son rayonnement international, est d’avoir mis en avant le patrimoine cinématographique marocain. Lors de la soirée de clôture, les cinéastes marocains ont été triomphalement accueillis en reconnaissance de leurs efforts pour hisser le cinéma national au plus haut rang.
En encourageant la jeune génération de cinéastes marocains, le FIFM n’a pas oublié la génération des pionniers. En témoigne l’hommage magistral et très émouvant rendu à l’acteur Mohamed Majd lors de la cérémonie d’ouverture. Idem pour la grande dame du cinéma marocain, Habiba Medkouri, qui était visiblement très émue des marques d’affection qui lui ont été témoignées lors de la soirée de clôture.

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