Le FIFM rend hommage au cinéma d’auteur

Susan Sarandon était visiblement confondue d’émotion quand elle est montée sur le podium. Accueillie avec les honneurs dus à une immense actrice, elle a bredouillé un «grand merci» dans le dialecte marocain à l’endroit des centaines de festivaliers qui ont fait le déplacement ce soir au Palais des congrès pour lui rendre un hommage unanime.
Touchée par cette marque d’affection, elle s’est inclinée en signe de modestie devant un public admiratif. «Le cinéma est le lieu absolu de la diversité. Il est l’expression de nos différences partagées», a dit l’héroïne de «La Dernière marche», un film réalisé par son époux Tim Robins et pour lequel elle a remporté l’Oscar de la meilleure actrice. En s’imposant à travers des rôles de femmes indépendantes, cette grande dame qui s’est opposée farouchement à la guerre en Irak veut défendre le droit des êtres humains à disposer d’eux-mêmes. Avec cette actrice, on devient conscient de ce que peut être et de ce que peut faire un artiste pour faire triompher un monde meilleur et plus juste.
C’est justement cette conviction qui se trouve au cœur des préoccupations du FIFM, devenu au fil des éditions le vecteur d’un choix civilisationnel. En dédiant cette sixième édition à la cinématographie italienne, le Festival a voulu consacrer non seulement un choix esthétique, mais aussi le combat de cinéastes qui ont su rester proches des préoccupations de leurs citoyens. «Le cinéma italien est unique dans son obsession de raconter l’histoire de son peuple. Peut-être plus qu’aucun autre, il reflète le pays et son héritage culturel. De la même manière que les couleurs de la terre toscane ou d’Ombrie se retrouvent dans leurs fresques, le cinéma italien semble jaillir de la terre», avait dit Martin Scorsese dans un enregistrement retransmis le jour de l’ouverture du 6ème FIFM, vendredi dernier au Palais des congrès. Même tonalité chez le directeur de la Cinémathèque de Bologne, M. Farinelli, pour lequel «le cinéma italien est un cinéma de témoignage». «Ce cinéma a affirmé sa singularité en s’ancrant dans le réel et en donnant au meilleur de sa production une dimension sociale exemplaire», confirme également le cinématographe Jean A. Gili. Cette approche des problèmes de l’Homme et de sa place dans la société a toujours été au centre des préoccupations. Chez Roberto Rossellini, Vittorio De Sica, Luchino Visconti, Giuseppe De Santis, Luigi Zampa, on relève une  réflexion constante et à la limite de l’obsession sur la dimension sociale.  Cinéma de témoignage : ce cinéma qui a le mérite d’avoir inventé «le néo-réalisme» a brillé également par sa force imaginative et créative qui a pu faire rêver le monde entier. «Le cinéma italien a pu donner corps à des réalités qui n’étaient auparavant qu’imaginaires», s’est félicité M. Farinelli. C’est dans cette même optique que s’inscrit l’hommage que le FIFM rend à la cinématographie indienne.
A souligner que cette cinématographie fort prisée par les Marocains jouit désormais d’une section spéciale intitulée «Taj Mahal». Cinéma populaire, dit «cinéma hindi», le 7ème art indien fait également place au cinéma d’auteur. Ce dernier sera présent cette année à travers la trilogie «Fire», «Earth» et «Water» de la cinéaste indépendante Deepa Mehta. C’est un cinéma profondément ancré dans la réalité.

Le FIFM vu par les cinéphiles

Askafi Mohamed, 39 ans, agent de tourisme : «Le FIFM est devenu une belle vitrine du Maroc à l’étranger et, par conséquent, un lieu d’attraction privilégié. Chaque artiste étranger invité devient un ambassadeur du Maroc à l’étranger. Je suis même certain qu’il ne manquera pas de parler à son retour des parfums et des couleurs multiples de Marrakech. Je suis aussi fier de constater que le FIFM compte parmi les festivals les plus connus et les plus prisés au monde. Ce festival donne la preuve qu’on est capable de réussir des manifestations d’envergure internationale.»

Hafida Amhar, 33 ans, modéliste, Rabat : «Je suis venue de Casablanca pour découvrir les stars et les nouveaux films. Le FIFM m’offre la possibilité de voir, de prendre des photos, de communiquer avec mes artistes préférés. Cela fait trois ans que je viens pour le festival, je n’ai trouvé aucun problème à prendre contact avec les artistes que je peux très facilement rencontrer. Pendant toute la journée, je les vois défiler en allers-retours entre le Palais des congrès et lieux d’hébergement qui sont juste à côté».

Simohamed. H, 30 ans, cafetier, Marrakech : «En tant que gérant d’un café, je suis heureux de constater que notre chiffre d’affaires a doublé de la moitié pendant les premiers jours du festival. Situé à proximité du Palais du congrès, notre café est devenu un lieu de rendez-vous incontournable pour les festivaliers. Notre clientèle se constitue essentiellement des concitoyens venus d’autres villes du pays, sans oublier évidemment les visiteurs étrangers. Le FIFM, au-delà du plaisir du cinéma, nous offre une belle occasion d’arrondir nos fins de mois».

Aghroud Mohamed, 30 ans, informaticien, Essaouira : «Comme la majorité des Marocains, je suis un  passionné du cinéma indien. Le FIFM qui donne une place de choix à ce cinéma a comblé ma soif. C’est pour cette raison particulière que le FIFM est devenu un rendez-vous privilégié pour découvrir davantage la production cinématographique indienne. Je remercie le FIFM de me donner maintenant l’envie de me lancer dans des études cinématographiques. Je viens d’être admis à l’Académie asiatique du film et de la télévision de New Delhi. Je vais m’y rendre en janvier 2007 pour réaliser, enfin, mon rêve».

Nisrine El Hamri, 22 ans, élève, Rabat : «Je suis venue spécialement pour prendre des photos des réalisateurs et des comédiens indiens. Je pense particulièrement au réalisateur et scénariste Pan Nalin, qui est membre du jury de la 6ème édition. Ma fascination pour les films indiens a été si grande que j’ai fini par apprendre leur langue».
• Recueillis par M’Hamed Hamrouch

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