Le film absolu de Tarantino

Par où commencer ? Par l’épigraphe du film : “La vengeance est un plat qui se mange froid“. Plat froid, mais assaisonné à une sauce pourpre. Du sang qui gicle à grands jets. Des têtes qui bondissent sur le parterre comme des ballons. Des membres amputés. Des organes exhibés. Le sabre signe partout des légendes en rouge dans le dernier film de Quentin Tarantino. Le film le plus violent, le plus terrifiant, le plus riche en références cinéphiliques : un pur concentré de jouissance. Comme dans les trois précédents films du réalisateur, l’histoire est banale, de préférence kitsch. Elle est basée sur la vengeance d’une ex-tueuse professionnelle qui décide de se refaire une vie en se mariant, en faisant beaucoup d’enfants, en allant aux restaurants sans être forcée de guetter ses voisins, en se rendant au cinéma…Son ex-patron ne l’entend pas ainsi. Le jour de ses noces, il lui envoie un commando qui transforme en boucherie la petite paroisse où se déroule le mariage. Pour compléter le tableau, la mariée est enceinte, et son ventre bombé n’apitoie pas son ex-employeur qui lui loge à bout portant une balle dans la tête. Black Mamba, rôle interprété par Uma Thurman, n’en meurt pas. Après quatre ans de coma, elle se réveille en sursautant, n’ayant qu’une seule idée claire : biffer ses ex-compagnons qui ont transformé en carnage ses noces. Armée d’un bloc-notes où sont mentionnés les cinq noms du commando, Black Mamba se met en devoir de les raturer les uns après les autres, après avoir dépossédé de la vie leurs propriétaires. Ce scénario a maintes fois été exploité dans des films d’action. En particulier dans les films de gangsters, de kung-fu, les westerns spaghetti et les magnifiques chorégraphies des intrépides samouraïs dans le cinéma japonais. Cependant, une chose est le synopsis d’un film, et autre chose est son traitement par Quentin Tarantino. Il choisit volontairement d’apparenter ses oeuvres à des parodies de genres cinématographiques. Dans “Kill Bill“, la référence à plusieurs genres est claire, mais le langage filmique est si inventif que l’objet parodié en est recréé. Comme dans “Pulp Fiction“, le récit de “Kill Bill“ n’obéit pas à une progression chronologique. Sous forme d’une succession de flash-back, ce long-métrage agit par associations d’images et de genres. Le réalisateur varie les plaisirs. Il passe de la couleur au noir et blanc. Comment revenir à la couleur ? Il suffit d’un gros plan sur les yeux d’Uma Thurman. Sa paupière se baisse sur son oeil bleu glacé, et la couleur jaillit à nouveau de la bobine. Autre genre exploité par le réalisateur : l’animation, genre manga. Ce langage a été adopté par Tarantino pour raconter l’enfance d’un personnage japonais. Et le spectateur est plongé dans un pur concentré de ce que produisent de meilleur les dessins animés nippons. Chaque genre que Trantino touche, il veut y laisser ses empreintes. La parodie est un pied de nez, mais jamais une marque de mépris. La combinaison jaune que porte Uma Thurman ne trompe personne. C’est la même que celle de Bruce Lee dans “Le jeu de la mort“. La scène de combat à laquelle se livre celle qui la porte dans un restaurant japonais restera sans doute dans l’Histoire du cinéma. Armée d’un sabre samouraï, Black Mamba se livre à un combat contre 88 hommes asiatiques, vêtus et masqués de noir. Quinze minutes de bobine et une scène d’action magistrale qui cloue le spectateur sur son siège. Le cinéphile, cinévore Quentin Tarantino ne fait pas de mystère sur cette scène. Il l’a réfléchie pour être le pendant, en matière de scènes de combats, de l’assaut des hélicoptères dans “Apocalypse Now“ de Francis Ford Coppola – référence absolue pour les films de guerre. Le plaisir de “Bill Kill“ n’aurait pu être complet sans la musique évidemment. Une composante si importante dans les films de Quentin Tarantino qu’il en dit : “J’ai du mal à avancer dans l’écriture tant que je n’ai pas trouvé le premier morceau musical qui mettra les spectateurs dans l’ambiance“. La BO de “Kill Bill“ a de longues années devant elle. A elle seule, elle ferait la réussite de n’importe quel long-métrage. Et puis, comment omettre ces petits détails qui font de chaque séquence du film un grand moment de jouissance. Un moustique plante profondément sa trompe dans la peau de Black Mamba. Ce sucement la réveille en sursaut, après quatre ans de coma! Il injecte aussi un peu de la folie créative de Tarantino aux spectateurs. Ce réalisateur signe avec le premier volume de “Kill Bill“ un chef-d’oeuvre absolu, qui dépasse en jouissance ce qu’on pouvait imaginer. Et même ce qu’on a vu jusque-là.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *