Le grand art revisité par des enfants

L’exposition « Portraits d’une rive à l’autre » est organisée par la Délégation Wallonie-Bruxelles au Maroc. Les tableaux montrés dans cette exposition appartiennent au Musée des Beaux-Arts de Charleroi. La sélection des oeuvres présentées à la Villa des Arts donne un aperçu des mouvements plastiques qui se sont succédés en Belgique au XXe siècle. L’école belge est l’une des meilleures écoles de peinture en Occident, comme on le sait. Toutefois, à l’exception d’un tableau de René Magritte, il faut être un passionné de la Belgique et de ses peintres pour reconnaître les auteurs des oeuvres exposées à la Villa des arts. Les célébrités, comme Paul Delvaux, sont absentes. L’accrochage est à la fois élégant et aéré. Les oeuvres ne sont pas serrées les unes contre les autres. Ce qui rend la visite agréable et permet de rester longtemps avec un tableau sans être troublé par les autres. Le tableau de Magritte date de 1925. Il s’intitule « La baigneuse », thème cézannien par excellence. Les baigneuses ont préoccupé Cézanne pendant des années. Matisse a repris le relais lorsque Cézanne s’est épuisé à la peinture des baigneuses. L’hommage de Magritte est intéressant parce qu’il date de 1925. Il intervient un an après la publication du « Manifeste du surréalisme » par André Breton. Magritte a adhéré au surréalisme en 1924. Or, son tableau montre qu’il ne puise pas seulement les ressources de son art dans le monde intérieur, le rêve et l’imagination comme le préconisent les surréalistes, mais qu’il s’inscrit dans une tradition picturale qui remonte au moins à Cézanne. Ne serait-ce que pour ce tableau-là, cette exposition mérite d’être vue. Autre chose à signaler dans cette exposition : deux nus y sont exposés. Le nu suscite régulièrement dans notre pays des réactions extravagantes. Disons-le une fois pour toutes : le nu est un genre pictural au même titre que le portrait ou la nature morte. L’intérêt de cette exposition réside aussi dans le fait qu’il a été demandé à des enfants de réaliser des variations autour des oeuvres exposées. Ils réagissent aux tableaux montrés à la Villa des Arts en les copiant à leur façon. Les dessins colorés des enfants sont accrochés aux abords de l’oeuvre qui a les a inspirés. Cela donne des résultats très plaisants. Certains tableaux sont escortés par une vingtaine de dessins, d’autres n’en ont pour cortège que deux. La liberté a été laissée aux enfants pour qu’ils réagissent aux oeuvres qui les interpellent. D’autre part, il a été quelquefois demandé aux enfants d’utiliser la même matière que celle employée par l’artiste. En d’autres termes, si on les confronte à un dessin à l’encre, ils le reproduisent en utilisant la même technique. Cette initiative mérite d’être louée et encouragée. Elle peut favoriser les vocations. L’on aura compris que les dessins des enfants distraient un peu l’oeil des oeuvres majeures. Mais n’est-ce pas là le meilleur moyen d’encourager des enfants qui ont le goût de la peinture en les mettant d’emblée de plain-pied avec les oeuvres des maîtres? Belle irrévérence !

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