Le jour où Garcia Marquez et Carlos Fuentes ont décidé d’écrire des livres

Carlos Fuentes a fêté ses 80 ans le la semaine dernière. Il y a très longtemps, au début de leur amitié et après avoir discuté pendant des heures d’un adjectif et d’une virgule dans un scénario de cinéma, le Colombien Gabriel Garcia Marquez et le Mexicain Carlos Fuentes ont décidé d’abandonner le cinéma pour le roman. Carlos Fuentes a évoqué cette anecdote lors d’une conférence «entre amis» à la Foire internationale du livre (Fil) de Guadalajara, au Mexique qui se tient jusqu’au 7 décembre. (Guadalajara est le rendez-vous de plus de 500 auteurs, et propose au public 300.000 livres de 1.600 maisons d’édition, dans un espace de 35.000 m2, dont 4.000 consacrés à la littérature enfantine.) .
C’était au début des années 60 et il connaissait «Gabo» depuis peu, a-t-il raconté, quand ils ont décidé de constituer «une petite équipe de rédacteurs cinématographiques». L’un et l’autre avaient déjà publié des romans, mais ils ont décidé de travailler pour une maison de production mexicaine, dont ils avaient baptisé le siège «le château de Dracula», tant le bâtiment était sombre, a-t-il poursuivi. Ils s’attelèrent au scénario de « El gallo de oro» («Le coq d’or»), un film dirigé par le metteur en scène mexicain Roberto Gavaldon et basé sur un conte de son compatriote Juan Rulfo, dont l’oeuvre empreinte de violence teintée d’absurde a eu une grande influence sur le futur prix Nobel colombien. « Un jour j’ai dit à Gavaldon que Gabo trouvait que l’adjectif utilisé pour décrire la porte de la hacienda était mal choisi.
Et on a discuté de l’adjectif toute une matinée», a rappelé Carlos Fuentes, assis à côté de son vieux complice devant plus de mille auditeurs. «Le lendemain, il m’a dit: Carlos, cette virgule est très mal placée. Et nous avons passé toute la journée à discuter de la virgule», a-t-il poursuivi. L’équipe ne savait plus où elle en était, et les interventions du metteur en scène ajoutaient encore à la confusion, ce qui conduisit les deux compères à une profonde réflexion. «Un après-midi, nous nous sommes assis devant chez moi et nous nous sommes dit : «qu’est-ce qu’on va faire? écrire des scénarios pour le cinéma, ou écrire des romans? Et nous avons décidé d’écrire des romans, et le sort en était jeté», a conclu Carlos Fuentes, en prenant le bras de son vieil ami. «Le coq d’or» raconte l’histoire d’un pauvre crieur public qui fait fortune dans les combats de coqs grâce à un gallinacé doré. Le film est quand même sorti en 1964, avec le scénario écrit à «trois mains» par Garcia Marquez, Fuentes et Gavaldon, le metteur en scène.

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