Le joyau de Yacoub El Mansour

Il se distingue des bâtiments qui l’entourent. On dirait qu’il est tombé du ciel. Une sphère surplombée de deux pics, une espèce de soucoupe volante. La nuit, lorsque les lumières éclairent ses vitraux, les personnes qui s’y activent donnent l’impression de se préparer à une manoeuvre pour quitter le sol. Le jour, la lumière miroite partout, s’ajoutant à l’éclat d’un édifice déjà intrigant par sa forme.
Nourredine Komiha, l’architecte qui l’a réalisé, a voulu représenter le disque du soleil, se levant sur la Méditerranée, relié par deux ponts qui signifient symboliquement le joint entre les deux rives. Bienvenue au centre-bibliothèque de Yacoub El Mansour à Rabat ! Au début, tout a été réfléchi pour que sa ressemblance avec le bassin méditerranéen soit parfaite : de puissantes poutres maintiennent le corps du bâtiment au-dessus du sol qui devait être recouvert d’eau. «Le coût que nécessite le maintien de ce bassin est trop élevé. On a dû se contenter d’un jardin», dit Racha Loutfi, directrice de l’établissement. Au demeurant, l’architecture n’est pas la moindre des choses surprenantes dans cette bibliothèque qui s’étend sur 3000 m2. Elle a été construite dans un quartier populaire, dans l’une de ces zones dites défavorisées. À la population de ce quartier, la bibliothèque propose une salle d’étude qui peut accueillir 250 personnes, un cyber espace où 18 ordinateurs sont mis à la disposition des internautes.
Les rayonnages sont de surcroît à portée de main, et près de 10 000 titres, classés thématiquement, y sont disponibles par accès direct. La bibliothèque propose aussi des cours de langue, des ateliers de théâtre et d’arts plastiques. Les services et le fonds de cette bibliothèque impressionnent moins les 1300 adhérents que le confort dont ils disposent, moyennant 50 DH par an, et qui n’a rien à envier à celui des grandes bibliothèques occidentales.
L’initiative du centre-bibliothèque de Yacoub El Mansour appartient à Yasmina Filali, la présidente de la fondation Orient-Occident. L’idée d’un rapprochement entre l’Orient et l’Occident lui tient à coeur. A priori, on peut la juger trop pompeuse, trop vaste pour être considérée autrement que sous l’angle de l’ouverture sur l’autre. Mais il n’en demeure pas moins que la bibliothèque est associée à de nombreux établissements culturels du bassin méditerranéen, et que des manifestations y ont lieu en partenariat avec les Portugais, les Italiens ou les Français. Dans le Conseil d’administration de la Fondation Orient-Occident, on trouve du beau monde : Patrick Guerrand-Hermès, Abdou Filali Ansary, Abdeslam Ahizoune, Othman Benjelloun, Boutros Boutros Ghali, le prince Bandar Bin Sultan Bin Abdullaziz, Mourad Cherif et Mohamed Hassad entre autres. Nombre de ces personnes ont fait des donations à l’établissement de Yacoub El mansour qui n’est pas subventionné par l’Etat. Ce sont là les limites de cette belle bibliothèque dont le fonctionnement dépend de la générosité des mécènes. Sa directrice espère en faire un pôle culturel important à Rabat, et ce en multipliant les conférences et les tables rondes. Une conférence de Malek Chebel est prévue à cet égard le 1er mars à 19h h. La directrice est aussi déterminée avec l’aide de Rachida Belliard, une professionnelle de la communication et de la formation, à élargir le concept de la bibliothèque de Yacoub El Mansour à d’autres villes du Royaume.
Une église espagnole dans la médina de Casablanca est en passe d’abriter un autre centre de la Fondation Orient-Occident. Oujda sera également concernée par un projet similaire. Et c’est ainsi que cet établissement, qui a surpris plus d’un habitant à Rabat, sera l’objet de la curiosité et de la fierté d’autres villes.

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