Le Lion d’Or en peau britannique

Organisé du 1er au 11 septembre, le Festival de la Mostar de Venise a pris fin samedi soir et le grand gagnant fut le réalisateur britannique Mike Leigh. Ce dernier fut primé doublement pour son film « Vera Drake » En effet, ce long-métrage en compétition officielle a reçu le Lion d’Or et le Prix d’interprétation féminine. «Vera Drake » de Mike Leigh » raconte l’histoire d’une mère de famille apparemment exemplaire, mais procédant en secret à des avortements dans l’Angleterre des années 50. Avec « Vera Drake », Mike Leigh plonge le spectateur dans l’univers de Vera Drake, une femme de ménage dont la famille, bien que modeste, est heureuse et soudée. Mais Vera a un secret: elle aide bénévolement des jeunes filles à avorter, au mépris de la loi. Mike Leigh a expliqué qu’il a voulu faire ce film « parce qu’aujourd’hui, dans notre monde surpeuplé, l’avortement est devenu un enjeu fondamental ».
Selon des propos relayés par l’AFP, le réalisateur primé ajoute : « Mon rôle est de poser des questions, non de tirer des conclusions hâtives ». En recevant sa récompense des mains de Sophia Loren, le réalisateur britannique a déclaré : « Au nom de toute l’équipe du film, nous vous remercions de tout coeur pour ce Prix ». Et d’ajouter : « Dans un monde cynique, c’est une chose plutôt rassurante quand des films européens à petit budget, sérieux, engagés, indépendants, sont reconnus et encouragés de cette façon ». Par ailleurs, « Vera Drake » a battu sur le fil le long métrage espagnol « Mar Adentro » du réalisateur Alejandro Amenabar. Celui-ci était considéré comme possible Lion d’or.
La compétition fut rude mais Vera Drake a triomphé en laissant à « Mar Adentro » le Lion d’argent et le trophée du meilleur acteur pour Javier Barden. Celui-ci a été récompensé pour son rôle de tétraplégique qui veut mettre fin à ses jours. « Je remercie tout le monde: le public, la presse et le jury. Ceci représente un début pour le voyage que nous allons entreprendre avec ce film à travers le monde », a déclaré le réalisateur en recevant son Prix des mains de Spike Lee. Alejandro Amenabar a de sa part déclaré, lors d’une conférence de presse: « Avec ce film, je ne veux pas ouvrir le débat sur l’euthanasie ou sur le combat juridique pour sa légalisation ». « Je suis très nerveux. C’est comme si c’était la première fois », a déclaré de son côté Javier Bardem, 35 ans, qui avait déjà reçu la coupe Volpi en 2000 pour son rôle dans « Avant la nuit ». Pour ce rôle, l’acteur au corps d’athlète de 35 ans a été transformé par cinq heures de maquillage quotidien en un homme de 50 ans bouffi. Face à ce triomphe hispano-britannique, la France a obtenu deux Prix de consolation: le Lion du Futur-Prix de la meilleure première oeuvre pour « Le grand voyage » d’Ismaël Ferroukhi, et le Prix Horizons pour « Les petits-fils » d’Ilan Duran Cohen. « C’est la preuve du dynamisme du cinéma français », a déclaré à l’AFP le ministre français de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, présent à la cérémonie. Enfin, le Lion d’Argent, Prix spécial pour la mise en scène, a été décerné au réalisateur sud-coréen Kim Ki-Duk pour son film « Binjip », une narration poétique sur l’amour et la solitude.
Deux Lions d’Or d’honneur ont par ailleurs été attribués au cinéaste américain Stanley Donen, auteur inoubliable de la comédie musicale « Chantons sous la pluie », et au réalisateur vétéran portugais Manoel de Oliveira.

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