Le magnat égyptien des télécoms menacé par les islamistes

Le magnat égyptien des télécoms menacé par les islamistes

Le magnat égyptien des télécoms, Naguib Sawiris, un des cent hommes les plus riches du monde, a été pris pour cible par une fatwa d’un cheikh fondamentaliste pour s’être ému contre l’islamisation en Egypte. Ce sont toutes ses sociétés, et d’abord Mobinil, leader de la téléphonie mobile en Egypte, dont le cheikh Youssef al-Badri a exigé le boycottage immédiat par «tous les Musulmans». La faute du «chrétien copte» Naguib Sawiris, aux termes du décret islamique de ce prêcheur redouté, est d’avoir estimé qu’avec la généralisation des femmes voilées, les rues du Caire ressemblaient à celles de Téhéran.
Célèbre pour ses anathèmes lancés contre des intellectuels laïcs ou musulmans réformistes, il s’en prend à un homme d’affaires brillant, l’aîné des trois fils du patriarche Onsi Sawiris, 77 ans, un géant du bâtiment. Membre du Conseil suprême islamique, le cheikh Badri a reproché à Naguib Sawiris d’avoir prôné un Etat laïc en Egypte et de s’être exprimé sur un mode «léger, sarcastique et offensant» sur le voile islamique.
«Je n’ai rien contre le voile parce que cela serait contre la liberté individuelle» avait-il dit à des journalistes «mais en marchant dans la rue, je me sens comme en Iran… comme si j’étais un étranger». Après trente ans de réislamisation, les femmes non voilées sont archi-minoritaires sur les bords du Nil où se répand désormais le port du voile intégral, le niqab, sous l’influence du fondamentalisme saoudien. Le ministre de la Culture, Farouk Hosni, s’était, il y a an, attiré les foudres de tous les conservateurs, des tenants du régime Moubarak aux Frères musulmans, pour avoir jugé «rétrograde» le port du voile. Au passage, le cheikh Badri s’en prend également à Naguib Sawiris pour avoir critiqué le slogan «l’Islam est la solution» de la confrérie islamiste qui, avec un député sur cinq, est la principale force d’opposition. «Je suis un homme laïc totalement opposé à un Etat religieux. Nous n’attendons pas le feu vert des Frères musulmans pour connaître nos droits de citoyens», avait dit M. Sawiris. Pour les islamistes, un chrétien ne peut diriger un pays musulman à plus 90% comme l’Egypte. La Constitution bannit un parti sur une base religieuse, mais la charia, la loi islamique, est devenue la source principale du droit. De fait, les coptes, estimés de 6 à 10 % d’une population de 73 millions d’Egyptiens, sont archi sous-représentés dans les instances politiques, n’ayant eu qu’un député élu à l’Assemblée en 2005. Le cheikh Badri avait en avril porté plainte contre un poète, Helmy Salem, l’accusant d’offense à l’Islam. Et après une campagne acharnée contre un penseur musulman, Nasr Hamed Abou-Zeid, il l’avait fait condamner en 1995 par un tribunal cairote à se séparer de sa femme pour apostasie. Le couple s’est exilé aux Pays-Bas. «De quel droit se permet-il de lancer des fatwas, il n’en a pas la légitimité», s’est exclamé le penseur musulman, Gamal al-Banna, très mal vu par les islamistes et traditionalistes. Pour sa part, Naguib Sawiris, que l’AFP a tenté de joindre, s’est abstenu de réagir. Il a été défendu par l’ONG «Egyptiens contre la discrimination religieuse», qui a estimé qu’il avait parfaitement le droit d’exprimer son opinion. Après une fantastique réussite sur dix ans, le faisant accéder en 2007 au 62ème rang des hommes les plus riches du monde, selon le magazine américain Forbes, Naguib Sawiris, 53 ans, s’investit davantage dans la société civile. Son groupe, Weather Investments, est présent au Maghreb (Tunisie, Algérie), Pakistan, Irak, Bangladesh, Egypte mais aussi en Italie (Wind) et en Grèce (Tim). Il a tenté en vain un rapprochement avec le groupe français Vivendi.

Alain Navarro
(AFP)

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *