Le marché de l’art au Maroc, des incidents révèlent sa vulnérabilité

Le marché de l’art au Maroc, des incidents révèlent sa vulnérabilité

Le marché de l’art plastique au Maroc a été secoué récemment par une série d’actes scrupuleux qui ont défrayé la chronique. On cite le vol de quelques tableaux du futur musée du collectionneur privé Abdel Jabar Hrichi à Rabat et la disparition de toiles de grandes valeurs de l’hôpital d’enfant d’Ibn Sina. Que révèlent ces deux incidents par rapport au marché de l’art marocain? Comment évolue ce secteur et quelles en sont les lacunes dues à sa jeunesse ? Selon l’Association marocaine des arts plastiques, ces actes ont surtout révélé, en plus de l’engouement fou qui existe au Maroc pour la chose artistique, l’existence d’un marché de l’art marocain vulnérable et propice à nourrir des comportements illégaux et non transparents.
Rappelons que ces deux cas qui ont fait couler beaucoup d’encre ont fini par être résolus par la restitution plus au moins partielle des œuvres disparues. «Nous portons la responsabilité morale et administrative de cet incident indigne et non civilisé au corps administratif de l’hôpital des enfants Ibn Sina relevant du ministère de la Santé», avait annoncé l’association.
Et d’affirmer que «tous les acteurs de la vie artistique sont concernés voire impliqués, y compris des artistes, des galeries et des institutions de la vente aux enchères, ces acteurs sont appelés à ne pas tolérer pour dissimuler les traces qui témoignent de cet acte odieux». Ainsi, à travers ces incidents, les intervenants dans ce marché de l’art se trouvent directement pointés du doigt. Estimé généralement à quelque 45 millions de dollars, «ce marché souffre d’un réel manque de structuration», selon l’artiste-peintre Mohammed Melihi, président de l’Association marocaine des arts plastiques. «Plusieurs litiges confrontent les galeries entre elles et plusieurs sont en plein procès», a-t-il confié, ajoutant aussi que «de faux tableaux et des œuvres volées circulent sans grande vigilance dans ce marché où seul l’intérêt mercantile règne». Par ailleurs, les professionnels pointent du doigt le règne de l’informel et du flou qui persiste par rapport à l’origine des œuvres mises en vente, leur qualification en termes technique, historique ou esthétique.
Chose qui facilite la multiplication des faux en tous genres et la possibilité que des œuvres volées soient vendues sans laisser de traces. Surtout que la demande est devenue de plus en plus grande, les prix montent et l’art est de plus en plus considéré comme une «valeur sûre». Et le cercle vertueux l’oblige, la demande se développe.
L’heure n’est plus aux quelques grands collectionneurs d’hier tel que M. Lahrichi dont la famille dispose aujourd’hui d’une collection de quelque 300.000 œuvres d’où la création de son musée privé qui comprendra le tiers. «Alors que les gens investissaient dans l’immobilier, il y a trente ans, moi j’ai laissé ma passion me guider et je me suis lancé dans la collection d’œuvres d’art». Et d’ajouter: «Ce marché est aujourd’hui envahi par des personnes qui ne connaissent pas l’art et qui se voient parfois arnaqués croyant faire de bonnes affaires». On déplore donc aussi le manque d’expertises fiables malgré le fait qu’aujourd’hui, chaque jour de nouvelles galeries et de structures de vente aux enchères s’ouvrent. Alors qu’elles se comptaient des doigts d’une main, il y a 20 ans dans des grandes villes comme Casablanca. Cette dernière compte actuellement à elle seule 60% du marché de l’art marocain avec plus de 30 galeries et 5 maisons de vente aux enchères reconnues. La dernière galerie en date installée à Casablanca est la galerie Matisse Art Gallery qui, après 11 ans de présence à «Marrakech», vient de donner naissance à un nouvel espace dans la ville blanche. Ainsi dans ce contexte marqué par un réel foisonnement, ces incidents viennent de temps à autre dévoiler la vulnérabilité du marché marocain et la nécessité d’une structuration efficace du marché : formation d’expert, création de fédération de galeristes, et nécessité du rôle de l’Etat.


«Vols» d’œuvres d’art


Le vol de quelques tableaux du futur musée du collectionneur privé Abdel Jabar Hrichi à Rabat et la disparition de toiles de grandes valeurs de l’hôpital d’enfant d’Ibn Sina ont plus ou moins été résolue. Pour le premier cas où était impliqué le gardien du musée, ce sont les personnes qui ont inconsciemment acheté les œuvres volées qui les ont restituées, notamment en ce qui concerne l’œuvre du peintre Mohamed Kacimi.
Pour le deuxième cas, le directeur de l’hôpital, après avoir vendu les toiles à des sommes faramineuses pour, selon lui, équiper l’hôpital, a fini par restituer les œuvres, contraint par l’Association marocaine des arts plastiques qui a condamné cet acte et invité à l’ouverture d’une enquête pour révéler les circonstances à l’opinion publique et faire savoir les procédures qui ont été prises à cet égard. Ces toiles avaient été offertes en 1994 par plusieurs artistes-peintres marocains, lors d’une opération initiée par Fouad Belamine accompagné entre autres par Saad Hassani, Mustafa Boujamaoui, Abdelkabir RabiI, Fatima Hassan, Houssein Tallal et feux Mohamed Kacimi et Miloud Labiedde.


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