«Le marché de l’art doit devenir celui de la reconnaissance des talents de l’artiste»

«Le marché  de l’art doit devenir celui de la reconnaissance des talents de l’artiste»

Entretien avec Fatema Binet Ouakka, Artiste-peintre marocaine

ALM : Vous venez de créer une branche de votre association au Maroc. Quels en sont les dessous ?

Fatema Binet Ouakka : Il s’agit de l’Association peintures en mouvement Ouakka (APMEO). C’est l’artiste-peintre Rachid Benabdellah qui en est le vice-président au Maroc. Cette association prend part aux activités artistiques effectuées au niveau international, notamment au Maroc dont la collaboration à l’organisation récemment d’une exposition à l’occasion de la fête de la musique. En fait cette collaboration est le résultat d’une série d’activités qui ont débuté en avril dernier par la célébration de la journée mondiale de l’art à Rabat avec certains artistes-peintres. Après quoi, je me suis rendue à Ait Sadden dans la région de Fès dont je suis issue afin de célébrer cette journée avec les enfants d’écoles et ledit syndicat. Bien avant, j’ai entrepris en 2013 la même démarche à Sidi Khiar avec les enfants lors d’une exposition collective. Les dessins de ceux-ci seront rassemblés avec ceux collectés par mes correspondants au Mexique, au Vietnam et au Tchad entre autres. Je prends tous ces dessins, qui sont compilés dans un catalogue, à Paris avec moi pour trouver un endroit où les exposer. Pour rappel, cette année, à l’association internationale des arts plastiques (AIAP), nous avons décidé de travailler sur les drones pour la paix.

Le Maroc ne fait pas partie de l’AIAP, ONG officielle de l’Unesco, dont vous êtes membre. Envisagez-vous d’entreprendre une démarche pour qu’il y soit intégré ?

Déjà, j’étais vice-présidente du cercle des arts de Paris et je faisais exposer des artistes-peintres marocains en France que je cherchais moi-même avec la Banque populaire. Mon souhait est plutôt de voir les artistes-peintres inviter des artistes de France au Maroc. J’espère aussi que ceux marocains peuvent aller aussi exposer à l’étranger. Il est question de montrer que l’art est en mouvement. Aujourd’hui, le Maroc est haut en couleurs dans son mouvement créatif. J’espère que notre gouvernement ici ou ailleurs puisse aider, écouter et encourager les associations œuvrant dans l’art pour leur faciliter l’export et l’import des toiles. L’objectif étant que les structures œuvrant en art puissent avoir une démarche officielle vis-à-vis à la fois des autorités françaises marocaines et dans le monde.

Quel regard portez-vous sur le marché de l’art au Maroc ?

J’étais éblouie de savoir que des œuvres des artistes marocains qui ont débuté en 2000 sont vendues à des millions et qui sont exposés dans le monde. Par contre il y a des artistes qui sont connus à l’étranger mais on ne les expose pas. C’est dommage que les banques, par exemple, ne vont pas voir ailleurs des artistes pour pouvoir aussi les encourager sans tomber dans la répétition. Sinon, je trouve que l’art marocain a une bonne place internationale. Pour ma part, j’en suis très fière et j’ai beaucoup d’espoirs. Aussi, le marché de l’art doit devenir celui de la reconnaissance des talents de l’artiste.

Vous êtes également écrivain…

En fait, j’ai écrit un livre intitulé «Tunaruz» (La porteuse d’espoir)» édité chez l’Harmattan. C’est une publication qui relate un peu mon parcours depuis l’enfance que j’ai passée en tant que bergère à Ait Sadden. Ce livre raconte également mes rêves d’enfant. Quand je montais sur le toit, je voyais, le jour, l’horizon et le soir je regardais les lumières. Je ne pensais pas que le monde était derrière celles-ci. Pour aller au-delà de ces lumières, ma grand-mère me disait de marcher, voire courir pour rattraper l’horizon. Chose que j’ai faite quand j’ai migré avec ma famille à Fès puis seule en France. Cette porteuse d’espoirs a vu cet «ailleurs» après une carrière en tant qu’assistante sociale des Forces auxiliaires au Maroc. A Paris que j’ai découverte en plein froid, en 1969, je me suis livrée à mon courage en emportant avec moi le respect et l’amour que mes parents m’ont appris. Après quoi, j’ai travaillé dans un hôpital où le médecin faisait des radios aux patients qu’il finissait par jeter. Je prenais les films de radios et je faisais des dessins dessus.

Comment votre carrière d’artiste-peintre a-t-elle évolué ?

Une curiosité et une passion m’animaient tout le temps. Un de ces jours j’ai participé à un concours de peinture et on m’a donné un prix qui m’a fait peur parce que je ne savais rien de la peinture. Là je me suis inscrite à l’école des beaux-arts de Versailles, puis l’école du Louvre. Par la suite, j’ai obtenu plusieurs plein de prix. Mais il y avait des échecs à côté et à chaque fois j’essaie d’aller de l’avant. J’ai fait tous les salons parisiens voire internationaux. A chaque fois que je pars à l’étranger j’amène toujours avec moi le drapeau marocain parce que j’emporte mon pays avec moi !

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