Le marché de l’art en question

Combien d’artistes plasticiens vivent de leur art au Maroc ? Le peintre Mohammed Melihi avance le chiffre d’une cinquantaine. Aussi minime qu’il puisse paraître, ce chiffre est au bout du compte significatif de la santé correcte du marché de l’art au Maroc. Mais à quels subterfuges les peintres sont-ils aculés pour vendre leurs oeuvres? Et combien de peintres vivent convenablement de leur peinture ? Nul doute que ce chiffre sera réduit à une dizaine d’artistes si l’on cherche vraiment ceux qui vivent confortablement de leur art. En plus, le peintre Melihi estime qu’un à deux millions de dirhams sont dépensés chaque année au Maroc pour l’achat des oeuvres d’art. En l’absence de vraies statistiques, on peut seulement avancer des chiffres approximatifs. Cela étant, la plupart des intervenants jugent le marché de l’art au Maroc anarchique.
Les gens achètent, mais les structures de vente sont soit balbutiantes, soit inexistantes. Exiger de ce marché qu’il soit structuré est une ambition irréaliste. Un marché ne se structure pas, mais il est fondé sur des règles communément admises -et tout particulièrement la cote d’un artiste. Cette cote est affaire de médias, de collectionneurs et surtout des maisons de vente – inexistantes au Maroc. En l’absence de ses composantes, les points de vente des oeuvres d’art se limitent généralement aux galeries et aux ateliers des peintres. La galerie que l’on voit aujourd’hui, il n’est pas certain de la revoir demain. Et puis, comment devient-on galeriste au Maroc? La question n’est pas vaine, parce que la passion de l’art, la vraie connaissance de l’histoire de l’art et un projet durable ne portent pas toujours les personnes à ouvrir une galerie. Le débat entre la responsable de la galerie Alif Ba à Casablanca et celui de Matisse art gallery à Marrakech est très instructif en ce sens. Ce dernier dit qu’il est l’un des rares galeristes à faire un dossier de presse aux exposants ainsi qu’une grande affiche. La responsable de la galerie Alif Ba estime, quant à elle, que c’est à l’artiste de faire une affiche. Le rôle d’une galerie se limite selon elle à lui ouvrir un espace et à inviter des gens.
Elle considère qu’il n’est pas possible d’investir de l’argent dans l’incertitude de le récupérer. «Et si le peintre ne vend pas ?», s’interrogeait-elle. En d’autres termes, l’incertitude de la vente bloque tout investissement. C’est ce manque de professionnalisme des galeristes qui pousse certains peintres à refuser carrément de montrer leurs tableaux dans des galeries.
«Que m’apporte une galerie ?», se demande le peintre Fouad Bellamine. «Je peux accepter qu’une galerie perçoive une commission de 50% pourvu qu’elle fasse correctement son boulot» ajoute-t-il. Aux yeux du peintre Bellamine, une vraie galerie doit investir dans l’édition en faisant un catalogue aux peintres. Elle doit aussi se battre pour les présenter dans des foires internationales.
C’est cette internationalisation de la vente qui fait défaut à plusieurs galeries. En plus, ces galeries n’occupent pas d’espaces publicitaires dans les revues d’art spécialisées, comme cela est très largement le cas dans les autres pays. On ne peut que féliciter l’initiative de la Villa des Arts qui attire encore une fois l’attention du public sur des sujets intrinsèques à la réalité des arts plastiques au Maroc.
Le débat s’est malheureusement limité aux rôles des galeries au Maroc. Le marché de l’art ne se réduit en aucun cas à eux. Les représentants des pouvoirs publics de même que certains collectionneurs, qui ont pourtant été invités à cette journée, ne sont pas venus.

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