Le Maroc en proie à la «Festivalite»

Le Maroc en proie à la «Festivalite»

Qui a dit que les festivals sont assez nombreux au Maroc ? Pas plus loin que la Tunisie, le chiffre a de quoi étonner. Tenez, 300 festivals ! Quand on pense au chiffre réalisé de ce côté du Maghreb, pour rester dans la sphère nord-africaine, il ne dépasserait pas la centaine. Mais si le nombre des festivals de chez nous reste en-deça des attentes, une chose reste sûre : ces six dernières années, les festivals ont poussé comme des champignons. Devant cette multiplication, on est en droit de se demander si on n’est pas devant un véritable phénomène. Le ministère de la Culture compte aujourd’hui 21 festivals. Il a presque relevé le défi qu’il s’était lancé au début : « un festival pour chaque ville ». En dehors du département de la Culture, des élus, des associations, ou plus encore des particuliers s’y sont mêlés. Dans les proportions et au rythme où ces festivals se créent, la thèse du phénomène frôle l’évidence même.
Pour quelles raisons alors se sont multipliés ces festivals ?
Derrière, il y a d’abord une volonté politique. Après le noir 16 mai 2003, les festivals se sont révélés être une soupape au malaise social. Ces festivals, forme moderne de la fête, ont d’ailleurs démontré qu’ils ont un rôle à jouer dans l’animation de la vie publique, traduite par cet engouement inégalé des Marocains pour les fêtes collectives, en dehors de toute distinction de rang ou de statut. Ce serait pourtant réducteur que de ne voir dans ces festivals qu’une simple occasion de fête. Les festivals ont aussi et surtout prouvé leur importance dans le développement touristique, et plus globalement économique du pays. Ils offrent une belle opportunité de prendre du service, pour l’artiste, l’hôtelier, le restaurateur, voire le marchand ambulant. Un constat que peut étayer l’exemple du festival Gnaouas et musiques du monde, qui draine plus de 100.000 festivaliers, du Maroc mais aussi au-delà de nos frontières.
Pour bénéfiques que soient ces festivals, ils n’ont pas échappé à quelques dérives. Pour certains, ils représentent une carte électorale gagnante. Pour d’autres, en mal de célébrité, ils servent de carte de visite. Pour le reste, par-delà le danger que font planer les intégristes, selon lesquels les festivals restent un « vecteur de débauche » ( !), il y a les escrocs. Encouragés par les taux d’affluence enregistrés, ces derniers en ont fait un fonds de commerce. L’exemple que nous a donné le directeur, ex-traiteur de son état, du festival mort-né de Tanger est révélateur. Mais passons. Il est temps de réfléchir sur les moyens de préserver cette belle effervescence. Pourquoi alors pas une loi pour statuer sur les conditions de création des festivals, leur durée, leur budget, etc.

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