Le parti-pris de «Noujoum B’ladi»

Le parti-pris de «Noujoum B’ladi»

Noujoum B’ladi n’a célébré que les émissions télévisées en langue arabe ou presque. Deux catégories de prix, l’un du public l’autre de la presse, ont pratiquement éliminé les émissions en français et les journalistes francophones de la compétition. En ce qui concerne le vote du public, douze émissions en arabe ont été primées contre deux en français, seulement. Les heureux rescapés de la langue française sont “Planète foot” et “Grand angle”. Les émissions et journalistes de la première chaîne ont été majoritairement distingués. Ceux de 2M n’ont récolté que des miettes. À titre d’exemple, l’étoile d’or de la meilleure émission de variété a récompensé “Nawafid“, celle du meilleur programme éducatif “Alif lam mime“, l’émission-débat de l’année a été décrochée par “Hiwar“, meilleur présentateur de journal télévisé Fatima Barroudi, meilleure création dramatique “Chajarat azawiya“, meilleure émission humoristique “Babariyou“, meilleur programme pour enfants “Sanabil“, meilleure émission culturelle “Joussour“… Le vote de la presse n’a pas beaucoup différé de celui du public, puisqu’il a également favorisé les émissions en langue arabe. On reprochait à La Nuit des Jamours, l’autre manifestation qui récompensait les meilleurs programmes des deux chaînes de télévision marocaines, de favoriser les émissions en français. Visiblement, les initiateurs de Noujoum B’ladi ont voulu s’inscrire en faux contre cette tendance. Mais ils l’ont fait d’une façon qui uniformise le modèle de télévision. Avec comme soubassement un peu de démagogie, puisque qu’il est évidemment plus facile de lancer des cocoricos en langue marocaine que d’évaluer la qualité d’un programme, compte non tenu de sa langue d’expression. Avec le nombre très élevé d’étoiles d’or qu’elle a remportées, la TVM est le modèle de télévision à suivre. Il ne s’agit pas de remettre en question les prix de cette soirée, organisée avec l’aide des publications « Al Ahdat Al Maghribia », « Canal aujourd’hui » et « La gazette du Maroc». Certains ont récompensé des émissions et des personnalités qui contribuent à hausser la qualité du petit écran. Ainsi Naïma Lamcherki qui a été distinguée par l’étoile d’or de la meilleure comédienne. La question est de savoir si l’on a volontairement cherché à éliminer de la compétition tout ce qui ne s’exprime pas en arabe. Côté ambiance, la soirée a été marquée par un nombre impressionnant d’absents. De nombreux primés ne sont pas venus récupérer leurs trophées. L’humoriste Saïd Naciri, qui animait la soirée, a redoublé d’inventivité en appelant dans la salle des remplaçants de marque. Épuisant toutes ses cartouches, il s’est rabattu sur des volontaires parmi le public. Une jeune femme est montée sur scène. Le geste coquet, la posture digne, elle a joué aux stars en mettant en ordre quelque mèche rebelle, et en tournant la tête de façon à être éclairée sous tous les angles. Pourquoi pas ? Il semblait si facile d’être une star de télé ce soir-là. Naciri n’a pas toujours eu la main heureuse en remplaçant par les présents dans la salle ceux qui ont préféré s’occuper autrement. La comédienne Fatima Khaïr a semé un vent de doute sur la transparence du vote du public. “J’espère que ce vote a été réellement émis par le public. Je dis bien le public!“ Le côté original de cette soirée a atteint son point culminant avec une citation – en français – attribuée à Jean de La Fontaine. Une citation douteuse, dans une langue approximative. Elle est sortie de la bouche de Saïd Naciri : “Attention avec l’humour, c’est très sérieux“. Bien chanceux celui qui saura retrouver cette citation dans le texte, et bien sage celui qui a décidé de consommer avec parcimonie la télévision marocaine, qu’elle soit célébrée en langue arabe ou sanctionnée dans une supposée langue de La Fontaine.

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