«Le paysage de mémoire»

ALM : où est-ce que vous peignez ?
Abdellah Sadouk : Je peins dans le fief de Casablanca. A derb Cherfa, avenue Al Kahira (le Caire). C’est une mine inépuisable de faits divers. J’assiste au quotidien à des conflits, des rixes, des affaires de drogue. Je suis baigné dans la violence 24 heures sur 24. Et je peins dans ces conditions. Rien que pour ça, j’aurais du mérite, quand bien même je ferais des navets.
Cette tension de la rue s’imprime peut-être sur vos oeuvres…
Elle passe forcément. Il existe des choses déstructurées. Ce que je vois dans la rue, ce que je vis au quotidien, me confronte à une réalité complètement décomposée, aussi bien sur le plan social qu’architectural. Oui, je pense que ce désordre doit traverser mon oeuvre.
Vous avez fait des livres en commun avec des poètes et des écrivains. Est-ce une activité qui vous tient à coeur ?
Oui, j’aime accompagner les écrivains. Confronter deux itinéraires, deux modes d’expression, j’estime que cette expérience est d’une grande richesse pour l’écrivain et le peintre. Il faut juste qu’il y ait des affinités entre ceux qui jumèlent leurs noms sur la couverture d’un livre. Abdellatif Laâbi, par exemple, je le connais depuis longtemps. L’image, évidemment, n’est pas illustrative. Elle orne le livre, lui ajoute un surcroît de sens. Mes images accompagnent le verbe et vice-versa. On ne peut pas dissocier les deux.
Pensez-vous à renouveler votre peinture ?
Je me remets tout le temps en question. Je pense d’ailleurs que c’est le propre de l’artiste que de chercher constamment de nouvelles voies à son art. En plus, comme je suis attaché au paysage, je suis obligé de chercher. Moi, je peins, je ne représente pas. Je ne représente ni la montagne, ni les arbres… Je peins mes éléments à moi qui évoquent un paysage. Et ce afin de rassurer l’oeil du spectateur. Ce n’est pas de la carte postale, ça n’a rien à voir avec le folklore, ce n’est pas non plus le paysage de souvenir. C’est le paysage de mémoire. Il n’est pas d’ailleurs peint d’après un motif ou un support. C’est vraiment la mémoire qui me fournit la matière de mes tableaux. C’est pour cela que je n’ose verser ni dans l’abstrait, ni dans le réalisme.

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