Le pèlerinage de Benyoucef Cherif

Restituer, par l’image, toute la richesse de la foi musulmane. Comprendre et faire comprendre un Islam aussi mal assimilé que mal perçu. Tels sont les objectifs de « Fenêtre sur la Mecque», un ouvrage de photographies de Benyoucef Cherif. Un ouvrage dont les photographies sont exposées, du 13 février au 13 mars, à la galerie Sqala de Casablanca.
Une démarche entamée par un petit pèlerinage à la Mecque (Omra) en 1996. Tout a commencé par une envie de s’arracher de longues années de couverture, par le biais de l’image, d’une sanglante « guerre civile » dans le pays natal du photographe. Une manière aussi, comme il souligne lui-même, « de mieux comprendre et faire comprendre cet Islam dont je suis issu et au nom duquel, dans mon pays, des individus massacrent des femmes, des enfants, des civils innocents et des musulmans ». Parti en compagnie de son père, Benyoucef Cherif cherchait des réponses à ses nombreux questionnements devant le non-sens de cette barbarie. « Je décidais donc d’aller dans le sanctuaire de l’Islam… Ce lieu vers lequel les musulmans s’orientent pendant la prière, quel que soit l’endroit où ils se trouvent sur la planète. J’étais là en tant que musulman et simple individu en quête d’une réponse », écrit le photographe en guise de présentation de son ouvrage. Sur les lieux, une illumination se produit.
La magie de l’endroit, où convergent les musulmans du monde entier, chacun avec des spécificités qui le rendent reconnaissable, identifiable, l’emporte sur tout le reste. « Je me rendais compte par là-même que les Arabes sont une minorité parmi les musulmans. Mon âme de photographe s’est imposée à moi », explique-t-il.
Photographier est devenu une obsession. La nécessité d’immortaliser les images et les figures devenait absolue. Pour cela, Benyoucef Cherif disposait de seulement deux semaines et de sa seule audace pour faire un geste difficilement accepté en Islam, interdit à la Mecque, le Coran interdisant toute représentation humaine.
Non autorisé à photographier, Benyoucef Cherif transgresse la loi et trouve le moyen, presque par pur hasard, de photographier des instants uniques. « Je me promenais dans les ruelles de la ville où les boutiques regorgent de choses et d’autres…Je fouillais moi aussi dans ce bazar sans rien chercher de précis lorsqu’un petit cadre a attiré mon attention.
Après en avoir ôté le verre et l’image, j’ai levé ce cadre devant moi, bras tendus, pour le regarder. J’observais ainsi le monde à travers cette fenêtre ». Par réflexe, il saisit son appareil et prend une photo en plaçant ce cadre vide dans le champ de l’objectif. Une expérience d’une fraction de seconde qui se révèle probante puisque cette fois personne ne le réprimande. Cette astuce fait dire autour de lui qu’il était fou, qu’il photographie sa propre main qui tient un cadre vide. Or, « recadrer dans le cadre même de l’objectif, me permettait de voir la vie se dérouler pendant que j’en immortalisais des fragments. Ce fut un très grand plaisir pour moi de vivre cette expérience unique et d’en conserver les traces. Le cadre, utilisé comme un leurre, semble au premier abord la « vedette » de chacune des photographies, mais il est surtout le révélateur qui permet de réaliser deux choses : prendre ses clichés sans se heurter à l’interdit et vivre une expérience personnelle qui lui a révélé ce qu’il était venu chercher à la Mecque : « Ouvrir une fenêtre pour qu’entre la lumière. C’est à cela que ressemble mon Islam ». Né en 1964 à Alger, Benyoucef Cherif fait ses armes en tant que photographe professionnel au sein de quelques prestigieuses agences, à l’image de Gamma et Sygma. Il a également travaillé, en tant que journaliste photographe, pour des magazines du calibre de Time Magazine, Paris Match et le Nouvel Observateur et fait la couverture de plus d’une revue comme Courrier International et News Week. Habitué du Maroc, Benyoucef Cherif a également travaillé sur la création de Badou Edition, une agence de pub, photographies et banque d’images et fait la couverture de magazines marocains comme Femmes du Maroc et Médina. Riche de plusieurs expositions, dont « 10 ans d’images en Algérie » qui retrace l’enfer algérien, Benyoucef Cherif animera dans le cadre de l’exposition de la Sqala des « Ateliers jeux d’image », destinés aux enfants des écoles de l’ancienne médina de Casablanca.

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