Le plaisir de boire un thé à la menthe

Le plaisir de boire un thé à la menthe

Il n’y a pas meilleur endroit pour donner rendez-vous que les cafés de l’avenue Hassan II à Asilah. Réputés pour leur thé à la menthe, ces cafés connaissent une grande ambiance notamment pendant les deux saisons du printemps et d’été. Leur notoriété a dépassé les frontières. En plus des habitants de la ville, leur clientèle est composée de gens de différentes nationalités. «Dès leur arrivée, les touristes expriment un grand désir de voir où se trouvent ces cafés. Leurs amis ou quelques uns de leurs proches qui ont déjà visité la ville leur ont parlé du plaisir d’y boire un thé à la menthe», révèle un guide d’Asilah et habitué de l’un des plus anciens de ces cafés.
Situés dans l’une des principales et longues rues de la ville, ces cafés affichent pleins, pendant la basse saison (une partie d’automne et d’hiver). Les mêmes clients zaïlachis et quelques touristes et visiteurs d’Asilah s’y rendent habituellement. Mais les anciens propriétaires de ces établissements cafetiers n’ont pas à se plaindre. Ils tiennent toujours à pratiquer un prix abordable (six DH le verre de thé).  Et ils sont si fiers que leurs cafés soient fréquentés par toutes les couches sociales. Comme c’est le cas d’Ali Ouled Saïd qui est le premier cafetier installé dans l’avenue Hassan II. Il gagne beaucoup mieux pendant la saison printanière et estivale.
Ce cafetier, 70 ans – qui exerce ce métier depuis 52 ans- se souvient du temps où le souk hebdomadaire d’Asilah se tenait dans l’avenue Hassan II. Laquelle connaissait une grande affluence des habitants d’Asilah ainsi que ceux des villes et villages avoisinants. «Ce souk avait un charme particulier et attirait beaucoup de touristes. J’étais très connu par la majorité des vendeurs et habitués de ce marché. Je gagnais dans cette journée beaucoup plus que la totalité des recettes que je faisais pendant les autres jours de la semaine», se souvient M. Ouled Saïd.
Grâce à sa bonté et son sérieux, cet ancien cafetier a réussi à attirer un grand nombre de clients de différents pays avec lesquels il a tissé des relations d’amitié. «Cette réussite je la dois aussi aux gens qui travaillent avec moi ainsi que mes quatre enfants qui m’aident à la gestion du café. Je les traite sur un même pied d’égalité et sont tous déclarés à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS)», précise M. Ouled Saïd.
Ces cafés ont commencé à envahir l’avenue Hassan II vers le début des années 90. Les anciens d’entre eux gardent toujours leur style traditionnel. Mais tous ces établissements cafetiers se distinguent par leurs belles terrasses attenant les prestigieux remparts de l’ancienne médina d’Asilah. Ils sont ombragés d’arbres d’eucalyptus. Bien que le nombre de ces arbres ait diminué, sur décision du conseil municipal, mais ces cafés n’ont pas perdu de leur charme. «Je viens de changer les anciens sièges de la terrasse par d’autres plus modernes. Je vais faire de même pour les parasols. Et je m’occupe moi-même des plantes de la terrasse», confie M. Ouled Saïd.
Les cafetiers de l’avenue Hassan II sont les grands spécialistes de la préparation de thé. Ils ne doivent pas, selon eux, lésiner dans l’achat des ingrédients. «Je fais de mon mieux pour garder la confiance des clients en moi. J’achète la meilleure qualité du thé qui se trouve sur le marché. En ce qui concerne la menthe, je dois en acheter une quantité moyenne pour une consommation journalière. Et je jette ce qui reste à l’heure de fermeture. Car cette herbe perd sa fraîcheur en 24 heures», a-t-il affirmé en faisant remarquer que «j’achète, par contre, une grande quantité de zhar (fleurs d’oranger) chiba (absinthe) qui peuvent durer jusqu’à une semaine, mais il faut bien en conserver dans des plastiques percées de quelques trous dans le frigidaire».
Les cafetiers de l’avenue Hassan II n’utilisent pas encore les ustensiles traditionnels dans la préparation du thé. «Le nettoyage de ces ustensiles est difficile et exige beaucoup de temps et de patience. Nous – les anciens professionnels- étions les seuls capables de l’entretien de ce trésor. Mes employés ne continuent d’utiliser que les casseroles traditionnelles dans la préparation du thé», souligne M. Ouled Saïd. Et d’ajouter que «le thé servi dans mon café garde toujours la même saveur. Parce que j’ai tenu à apprendre à mes employés dès leur jeune âge la préparation de cette infusion. Il ne faut pas exagérer dans les quantités utilisées dans la préparation du thé.  Et il convient de ne pas laisser l’infusion bouillir beaucoup de temps sur le feu. Le thé perd, de ce fait, son goût et sa saveur. De même, le serveur doit être en tenue propre et aimable», conclut M. Ouled Saïd.
Ces cafés demeurent un lieu de prédilection des intellectuels et des artistes. «Je travaille à Tanger. Dès mon arrivée le soir à Asilah et après une longue journée très chargée,  je préfère venir boire un thé au café Ali. Ces lieux populaires sont plus fréquentés par l’intelligentsia de la ville. Les écrivains et artistes zaïlachis ont l’habitude de venir y travailler», déclare Anouan Jbari, publicitaire qui fait la navette chaque jour entre Asilah et Tanger.
Ces cafés ferment tard pendant la période estivale. Les vacanciers y vivent une ambiance festive.

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