Le plus marocain des chanteurs de raï

Il ne porte pas la distinction de cheb, il s’appelle Abdelmoula tout court, et il est un chanteur de raï à part. Il a bu à toutes les sources. Sa soif de raï, il l’a étanchée avant de passer à d’autres genres musicaux. Le chaâbi, le jabli, la chanson populaire. Et cela se voit, s’écoute dans ses chansons. Ce qui caractérise en effet le plus son raï, c’est qu’on le sent marocain dès les premières notes. Des rythmes du chaâbi le traversent, un peu de jabli transparaît par ci, par là, et même le tempo de la chanson, savamment marocain, déteint sur les enregistrements de l’intéressé. Ce mélange des genres, Abdelmoula le doit au métier d’arrangeur qu’il a exercé dans de nombreux studios du Royaume. À Oujda où il a commencé par apprendre ce métier, il s’est familiarisé avec le raï, à Fès, avec la chanson chaâbi et à Casablanca avec la “jarra” et les cheikhates.
Dans cette ville, il a également arrangé des chansons du regretté Brahim Alami. «La mort de ce grand artiste m’a empêché de les voir aboutir, mais je ne désespère pas de les interpréter un jour», dit-il. Voilà donc ce qui caractérise le plus marocain des chanteurs de raï. Un ancien arrangeur qui prend ses aises avec cette musique, n’hésitant pas à la rendre atypique. Pourtant, n’était son métier d’arrangeur, Abdelmoula aurait repris tels quels les rythmes et mélodies qui caractérisent le raï. Son père lui a même donné le prénom d’un célèbre joueur algérien de Qasba (flûte) : Abdelmoula El Abassi. Il aimait si bien cet interprète qu’il voulait perpétuer son nom, son art aussi, dans son fils né en 1969. Il a encouragé ce dernier à jouer d’instruments de fortune.
A l’âge de huit ans, Abdelmoula sillonnait la ville de Taourirt, où ses parents se sont établis, armé d’une boîte de Fly Tox à laquelle il a ajouté un appendice en bois et des fils de canne à pêche. Sa première guitare, il s’en souvient encore : «Elle semblait jouer toute seule, comparativement avec le labeur que nécessitait la boîte de Fly Tox», dit-il. Il a été ainsi tout naturellement préparé à exercer un métier dans le domaine de la musique, avant de juger qu’il peut également composer et interpréter des chansons. Le succès est venu avec un vibrant hommage rendu au chanteur algérien Cheb Hosni. «Une chanson politique qui dénonce l’absurdité de faire taire la voix d’un artiste, rien que parce qu’il dérange», précise-t-il.
Aujourd’hui, Abdelmoula dispose d’une vingtaine d’enregistrements. Il commence à percer en Belgique où il donne des concerts, mais il tient à préciser que c’est ici qu’il veut compter. Son dernier C.D. peut lui valoir aussi bien des fans du raï que du chaâbi. Mais ce qui constitue l’originalité de ses chansons, à savoir ce mélange des genres, comporte aussi un revers cinglant. À force de vouloir tout intégrer, Abdelmoula risque de faire de ses compositions des fourre-tout.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *