Le prix Aga Khan pour un village marocain

L’Association Aït Iktel de développement (AID) a reçu le prix Aga Khan d’Architecture 2001. Ce prix est le plus prestigieux du monde islamique. Il est convoité par tous les architectes vivants dans les pays musulmans. Pourtant, la presse nationale n’a pas accordé d’intérêt à cet événement. À l’inverse, les médias occidentaux, de l’Amérique jusqu’au Japon, se sont déplacés dans ce village et ont consacré une large place à cet événement. C’est pour pallier ce manque que le groupe Archimédia, qui publie la revue « Architecture du Maroc », a organisé samedi dernier un voyage au village de Aït Iktel, situé dans le Haut Atlas à quelque 120 km au sud de Marrakech. Chirazi Sharareh, une architecte iranienne vivant dans notre pays, précise que le prix Aga Khan d’architecture, fondé en 1976, « a pour vocation de récompenser des projets qui font preuve d’excellence architecturale ». Elle ajoute que la sélection « tient compte du contexte dans lequel se pratique l’architecture et des facteurs sociaux, économiques, techniques et d’environnement auxquels répond le projet ». C’est justement la restauration et la réhabilitation des bâtiments, ainsi que l’encouragement du savoir-faire dans la construction des maisons qui ont séduit le jury. Le développement s’est fait en parfaite symbiose avec le cadre architectural, social et économique des habitants. Il n’y a pas de béton armé, et la pierre locale constitue l’unique source des fondations. C’est ce cadre urbanistique, propre au village malgré la modernité, qui a été primé.
Par ailleurs, une trentaine d’architectes, dont Aziz Lazrek prix Aga Khan 1986, ont participé au voyage. L’expédition a commencé samedi matin de Marrakech. Un bus a transporté les participants jusqu’à Aït Iktel. Ali Amahan, fondateur de l’Association Aït Iktel de développement, a présenté aux invités les différentes activités de son association. Le bus s’est arrêté ensuite au souk du village. Un camion l’a relayé pour transporter les gens jusqu’au village. Une école surplombée de coupoles signale de loin le village aux voyageurs.
Cette école, réalisée par l’architecte Chakib Lahrichi et financé par la Fondation de la BMCE, se fond très bien dans l’environnement du village. Chakib Lahrichi a eu le souci d’intégrer cette école dans son cadre naturel. Il faut dire qu’il n’a guère eu le choix. Les membres de l’association ne l’auraient pas autorisé à la construire autrement. Ils tiennent absolument à ce que les constructions soient faites à l’aide de la pierre locale et par les bâtisseurs du village. Au demeurant, cette école n’est qu’un élément dans l’ensemble des réalisations du village. La plupart des maisons ont fait l’objet d’une restauration qui leur garde leur identité tout en introduisant des éléments qui leur garantissent confort et durabilité. Le village est de surcroît doté de tous les équipements de base : eau potable, électricité et système d’irrigation dont le fonctionnement reprend les anciens dispositifs de la séguia.
L’architecture et le social sont ainsi deux composantes indissociables des activités de l’Association. Tous les visiteurs ont été surpris par la qualité de vie que présente le village et par la détermination des habitants à améliorer leur quotidien dans un contexte qui ne dénature en rien leur cadre socio-culturel. En vérité, ce village ne correspond pas à l’idée que l’on se fait du monde rural. Il a une valeur d’exemplarité qui doit être suivie par d’autres agglomérations. Une valeur à même de dépasser les frontières du Maroc et s’exporter ailleurs. En effet, les spécialistes de la Banque mondiale sont en train d’établir un rapport à partir de l’expérience du village de Aït Iktel. Ils veulent que ce village serve de modèle à d’autres régions du monde.

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