«le PSU est contre les écoles politiques traditionnelles»

«le PSU est contre les écoles politiques traditionnelles»

Aujourd’hui Le Maroc : Le Parti socialiste unifié (PSU) va-t-il participer aux législatives de 2007 ?
Abdelilah Mansouri : En dépit de nos réserves sur quelques aspects techniques en rapport avec le déroulement de la prochaine opération électorale, nous allons y participer. Nous trouvons dans les prochaines législatives l’occasion d’une bataille politique pour exposer notre projet global en vue d’établir un système politique qui réunira toutes les conditions du jeu démocratique tel qu’il est universellement connu et reconnu, de manière à en faire le moyen de traduire par des actes réels la volonté populaire et en sorte que le pouvoir de décision émane directement des urnes. Nous comptons faire des échéances de 2007 l’opportunité de faire valoir une vision participative à l’édification de la démocratie, qui tire sa force de la volonté des couches populaires et qui, de ce fait, a le pouvoir d’exercer le contrôle sur les élus et les institutions de l’Etat. Nous savons parfaitement que le mode de scrutin et la nature du système politique marocain n’offrent pas cette possibilité, mais nous allons œuvrer, avec toute l’énergie de nos convictions, et en concertation avec nos alliés, pour la défense de nos valeurs, envers et contre les écoles politiques traditionnelles qui  ne voient dans les mandats électoraux qu’une étape passagère et un cadre étriqué de conflit d’intérêts entre les notables et les élites inféodées au projet du pouvoir. J’entends par là les partis de la Droite administrative et les formations d’une Gauche traditionnelle qui sert de paravent au régime politique en place pour sa légitimation.

Que pensez-vous de la récente décision du Conseil constitutionnel invalidant les dispositions conditionnant la participation aux élections à l’obtention de 3% des suffrages ?
Nous avons accueilli cette décision avec enthousiasme, sachant bien que cette décision donne suite à notre revendication d’annuler la disposition controversée destinée à nous priver de notre droit constitutionnel de participer aux élections. Cette décision atteste du bien-fondé de notre revendication et nous conforte dans notre action militante. Elle affirme, par ailleurs, que l’utilisation des différents moyens de pression pour faire face aux décisions de l’Etat, ou une partie d’entre elles, est d’une grande utilité si on la compare à la stratégie appliquée par quelques élites traditionnelles qui se traduit par la capitulation devant le fait accompli et la soumission au tempérament des gouvernants.
Cela dit, nous regrettons que cette décision n’ait pas reconsidéré d’autres dispositions litigieuses contenues dans le Code électoral, objet des critiques du PSU et d’autres partis démocratiques, comme le relèvement du seuil d’éligibilité à 6% imposé aux listes féminines, faisant fi de notre revendication de revoir à la hausse le taux de participation des femmes, ce qui traduit, hélas, la volonté de continuer à mettre à l’écart la question de la participation féminine à la gestion de la chose publique, contrairement à d’autres pays, comme la Mauritanie, notre voisin du sud, qui a réalisé de grands progrès à ce niveau. Une chose, cela étant, reste sûre : en tenant compte de nos revendications, la décision du Conseil constitutionnel a donné tort à la logique d’exclusion qui visait un grand nombre de partis politiques, dévoilant le parti qui a été derrière ce stratagème, l’USFP, qui a essayé en vain de donner à son diktat un aspect éthique en présentant son projet comme le moyen d’éviter à notre champ politique le spectre de la balkanisation et de l’effritement. C’est un alibi scandaleux, l’histoire de l’action politique au Maroc se chargera de le mettre sur le passif d’une élite passée de l’opposition à la participation à la gestion de quelques dossiers du projet gouvernemental pour rompre de manière radicale avec tout ce qu’elle arborait comme slogans au temps où elle était dans l’opposition.

Quels sont les enjeux du congrès du PSU, prévu les 16, 17 et 18 février ?
Le premier enjeu est d’ordre organisationnel, nous essayerons de dépasser ce que l’on peut appeler une période transitoire que nous traversons depuis le dernier congrès de fusion, sachant bien que nous sommes en train d’instituer une expérience sans précédent à l’échelle nationale et arabe. Notre expérience vise à construire un système politique qui peut intégrer le paramètre du pluralisme et de la différence en favorisant l’existence de plusieurs courants au sein de notre parti de manière à transformer ce pluralisme en force qui lui donne la capacité d’enraciner et conforter son existence au sein de la société. Bien sûr, le travail de ces courants se fait en conformité avec une ligne directrice représentant la vision de notre parti à travers laquelle nous gérons le conflit politique dans notre pays. Cet enjeu reflète notre aspiration à construire un grand parti socialiste qui incarne réellement les valeurs nobles de la Gauche et dépasse la logique du parti traditionnel qui gravite autour de la personnalité du leader au-dessus de tout soupçon, ce qui a été à l’origine de nombreuses scissions au sein des partis. C’est ce qui nous a amené à traiter le mal à la racine, en acceptant le principe de l’existence de différents courants au sein de notre parti. Ainsi, notre prochain congrès sera l’occasion de consolider ce principe et d’ouvrir un débat profond entre les militants autour des plates-formes qui seront proposées. Au total, ce seront pas moins de six plates-formes qui seront présentées par les militants, ce qui constitue un nombre record compte tenu d’une tradition bien enracinée chez nos partis politiques qui  ne présentent lors de leur congrès qu’une seule plate-forme. En ce qui concerne la manière dont sera organisée cette opération inédite, toutes les plates-formes qui seront proposées disposeront du même temps imparti à leur discussion, avant leur soumission au vote. La plate-forme qui aura la majorité sera adoptée comme la plate-forme officielle du parti, alors que la plate-forme qui sera créditée de 5% des voix permettra à ses partisans de se constituer en courant au sein du parti. En ce qui concerne la plate-forme qui recueillera 3% des voix, elle permettra à ses concepteurs d’avoir le même taux de représentation au sein du Conseil national, tandis que le reste est appelé à déployer plus d’efforts en perspective du congrès suivant. S’agissant de l’état actuel, il existe déjà deux courants au sein du PSU: «L’Action démocratique» et «La Liberté d’initiative».

Cette expérience des courants est-elle née d’une conviction démocratique ou vous a-t-elle été simplement inspirée par des modèles occidentaux ?
Pour vous répondre, il est nécessaire de rappeler un certain nombre de pratiques en vogue dans l’action des partis politiques traditionnels nationaux et arabes.
Le principe du pluralisme est interprété, non comme un vecteur de richesse, mais comme un facteur d’affaiblissement. C’est ce qui explique la tendance à l’effritement qui a sérieusement affecté l’action politique dans notre pays ces dernières années. Les exemples sont légion. Pour s’en rendre compte, il suffit de rappeler la scission qui s’est produite au sein du parti de l’Istiqlal, laquelle a été à l’origine de la naissance de l’Union nationale des forces populaires (UNFP), qui a fait l’objet à son tour d’une scission qui a donné naissance à l’Union socialiste des forces populaires (USFP). Et ce n’est pas tout… Une autre scission au sein de l’USFP a donné lieu à la création du mouvement «Fidélité et démocratie». On pourrait évidemment allonger la liste, mais abrégeons : à la place de la dynamique de scission qui a marqué les partis politiques traditionnels, nous proposons une alternative basée sur le rassemblement et l’unification. La création du PSU offre ici un joli exemple, puisque ce parti est le fruit de la fusion de quatre formations politiques avec le mouvement «Fidélité et démocratie». L’expérience de la fusion est d’autant plus encourageante qu’elle garantit le droit au pluralisme et à la différence. D’autre part, pour instituer cette expérience, nous nous sommes inspirés de modèles pratiqués par des pays qui ont réalisé des progrès significatifs dans l’organisation politique. Je pense à la gauche européenne, et notamment aux forces de la Nouvelle gauche en Amérique du sud (Parti des travailleurs, Brésil, et Parti socialiste unifié, Venezuela). Cette expérience a donné à ces partis une force inédite pour conduire le militantisme populaire et mettre fin à la déliquescence engendrée par le syndrome de l’effritement. Grâce à cette expérience, ces partis occupent aujourd’hui une position de force qui leur permet de participer activement à l’amélioration des conditions de vie de leurs peuples et à la délivrance de leurs pays de l’hégémonie américaine dans une région considérée pendant longtemps comme l’arrière-cour de l’empire américain, et plus précisément de sa droite fasciste.

L’été dernier, des voix s’étaient élevées au sein de votre parti pour dire que la base n’a pas été informée de la rencontre entre des membres du BP et le ministre délégué à l’Intérieur, Fouad Ali El Himma. N’est-ce pas là une contre-preuve de l’ouverture présumée de votre parti ?
Le bureau politique a été autorisé par le Conseil national, et plus encore par son Congrès national, à tenir cette réunion. Simplement, il s’est trouvé qu’un camarade a protesté contre le fait de ne pas avoir été informé de la tenue de cette réunion, ce qui a été clarifié et dépassé rapidement. A mon avis, il n’y a eu aucune violation du code de conduite qui définit de manière tranchée les responsabilités de tout un chacun.

Comment imaginez-vous la carte politique après 2007 ?
Plusieurs déclarations ont été faites ces derniers temps sur la possibilité de reconduire l’actuelle majorité gouvernementale, ce qui prouve que notre pays n’a pas encore rompu avec une vieille logique qui a fait que la décision politique est prise indépendamment de la loi des urnes, ajouter à cela que les partis, qui occupent les premières places et qui acceptent de participer au gouvernement, ne respectent pas les slogans qu’ils proclament lors de leurs campagnes électorales. En ce qui nous concerne, notre position est claire. Nous allons renforcer notre position en tant que parti d’opposition après les élections de 2007, aux côtés de nos alliés de la gauche démocratique, sachant que le gouvernement ne dispose pas des garanties nécessaires qui permettent à un parti porteur d’un projet différent d’appliquer son programme et traduire ses projets sur le terrain, ce qui restera hors de portée en l’absence d’une réforme profonde de la Constitution. Pour notre part, nous refusons de travailler comme des fonctionnaires qui exécutent un programme avec lequel ils n’ont rien à voir, ce qui est resté le cas depuis le premier gouvernement national conduit par le regretté Abdellah Ibrahim, le premier et le dernier réel Premier ministre au Maroc. Nous avons besoin d’une réforme constitutionnelle radicale qui donne de larges prérogatives au gouvernement. Cette possibilité passe par la mise en place d’une monarchie parlementaire démocratique qui permet de mettre en compétition des projets et des forces politiques.

Quel rapport entretenez-vous actuellement avec l’USFP ?
Nous n’avons de problème avec aucun parti. Seulement, il existe des divergences sur le plan des positionnements vis-à-vis de la dynamique du conflit politique et social. Ceci dit, nos ennemis sont connus et nous n’avons pas honte de les déclarer. En ce qui concerne l’USFP, ce parti a joué un grand rôle dans notre éviction du bloc démocratique « la Koutla », sans oublier qu’il a tout fait pour nous écarter des élections de 2007, par sa défense du Code électoral. En dépit de notre opposition à ses pratiques au sein du gouvernement, nous n’avons pas de problème à tisser avec ce parti des relations basées sur le respect réciproque.

Qu’en est-il de votre rapport avec le PJD ?
Nous n’avons aucune relation avec ce parti, nous sommes plutôt proches d’autres courants ayant un référentiel islamique tels que « Al Badil Al Hadari » et le « Parti de la Oumma ». Pour le PJD, c’est pour nous un parti plutôt proche de la droite conservatrice.

Abdelilah Mansouri, un militant convaincu
Né le 17 juin 1971, Abdelilah Mansouri a fait ses premiers pas à Sidi Bernoussi, un quartier situé à la périphérie de Casablanca. Issu d’un milieu modeste, il est toutefois parvenu à se forger un parcours exemplaire. Après des études supérieures en philosophie à la Faculté des lettres et des sciences humaines de Rabat, il est devenu enseignant. Parallèlement, il s’est adonné précocement à l’action militante.
A l’âge de vingt ans, il intègre le parti de l’Union socialiste des forces populaires. Affecté en tant qu’enseignant dans la région du sud-est du Royaume, il devient secrétaire de la section Figuig de l’USFP. C’est là qu’il assume sa première responsabilité en tant que cadre au sein du parti de la Rose. Mais les dérives qui ont entaché le déroulement du sixième congrès du parti lui feront changer d’avis. En 2002, il prend la décision de démissionner de l’USFP en protestation contre l’absence de démocratie qui a présidé au 6ème congrès de ce
parti. Avec le bataillon des mécontents usfpéistes, il participe à la création du mouvement Fidélité et Démocratie.
Après le congrès de fusion entre ce mouvement et les partis de la gauche socialiste unifiée (GSU), il est devenu membre du bureau politique du Parti socialiste unifié (PSU). C’est le poste qu’il occupe jusqu’aujourd’hui.
Enseignant de philosophie, militant socialiste convaincu, Abdelilah Mansouri est également membre de plusieurs ONG panarabes : secrétariat général du Congrès pan- arabe, secrétariat général du Congrès des partis arabes (qui rassemble un total de 110 partis arabes)…
Et ce n’est pas tout… Abdelilah Mansouri est également écrivain-chercheur. Après avoir participé à l’écriture de plusieurs ouvrages, entre autres «Problématique de la question amazighe», il se prépare actuellement à publier un livre sous le titre «La réforme religieuse».

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