Le secret de l’enthousiasme

ALM : Votre premier film date de 1956. Compte tenu de la longue pratique que vous avez du cinéma, est-ce que vous gardez intactes votre part du rêve et vos illusions ?
Catherine Deneuve : C’est un métier qu’on ne peut pas faire sans se désillusionner. Etre acteur est vraiment une activité très particulière. Je crois que si l’on perd une forme d’enthousiasme, d’illusion, d’envie de rêver et de faire rêver, de se transporter ailleurs aussi, c’est que l’on n’a plus rien à faire dans ce métier. Donc, et même si je suis revenue de pas mal d’illusions, je ne suis pas du tout désillusionnée. Il y a des choses contre lesquelles on ne peut rien. On apprend à faire des compromis, à composer. On apprend à dire certaines choses, à en dissimuler d’autres. On apprend au bout du compte que le monde du cinéma n’est pas un conte de fée. Il ne faut donc pas entretenir de rêves excessifs. Mais le jour je n’aurais plus d’illusions, je ne pourrai plus faire ce métier. L’illusion est indispensable pour faire du cinéma. Elle entretient l’enthousiasme. Au bout du compte, l’enthousiasme est le fin mot de l’histoire. Si être acteur ne me plaisait plus vraiment, je me serais tournée vers une autre activité. Je suis égoïstement lucide à ce niveau-là, et le jour où j’aurai l’impression que tout se répète trop, que les films que l’on me propose ne correspondent plus à l’idée que je me fais du cinéma, je vais tirer ma révérence.
Où puisez-vous alors votre énergie pour continuer ?
Dans le plaisir, dans la curiosité pour des films intéressants et les réalisateurs innovants. Dans une part de rêve propre au cinéma aussi. Quand je dis rêver, ça ne veut pas dire entretenir des images fantasmagoriques. On peut rêver à partir de menus faits quotidiens, de l’actualité, de la réalité la plus cinglante.
Une chose surprend dans vos films : la forte présence des romans. Vous avez joué dans plusieurs films d’auteurs ou adaptés de récits littéraires. Est-ce délibéré ?
Je ne choisis pas les sujets. Je choisis les metteurs en scène et j’ai un droit de regard sur les scénarios qu’ils me proposent. Le choix des récits littéraires vient toujours des metteurs en scène, et non pas de moi. Autrement, je n’ai aucune attirance pour les films qui reposent sur des romans. Les grands romans ne font pas toujours de bons films. Ceci dit, il existe une qualité, une magie propre aux romans qui font défaut aux scénarios. Les scénaristes ne sont pas toujours des écrivains ou des gens capables de créer des univers denses. Il est normal alors que les cinéastes empruntent à la littérature les sujets de leurs films, parce qu’ils y trouvent une richesse extraordinaire de caractères. Mais je répète que ça ne vient pas de moi. Je suis actrice, et j’interprète ce qui me convient.
Vous avez tourné avec de grands réalisateurs : Vadim, Truffaut, Bunuel. Est-ce qu’il vous est facile d’être dirigée par des jeunes ?
Je ne travaille plus avec les grands réalisateurs que vous avez cités, mais je travaille avec de très intéressants metteurs en scène d’aujourd’hui. Je viens de tourner «Les liaisons dangereuses» avec Josée Dayan. C’était très excitant ! Et puis, ces metteurs en scène sont morts. C’est la loi de la vie. Vous savez : je ne garde pas un oeil sur les films que j’ai tournés. Je suis une personne mélancolique, mais pas nostalgique.
Vous n’avez jamais été intéressée par le théâtre. Pourquoi ?
Mais qui vous dis que je ne suis pas intéressée par le théâtre? Je n’ai pas envie d’en faire. Je n’ai pas envie de jouer sur scène devant un public. Ca peut changer, parce que j’aime le théâtre. J’y vais souvent. Mais ce n’est pas encore pour moi! Cela ne veut pas dire que je ne jouerai jamais dans un théâtre.
L’Oréal est sponsor officiel du festival. Vous avez associé votre nom à cette marque de produits cosmétiques. Est-ce que ça explique votre présence à Marrakech ?
Non ! Je ne suis pas ici pour l’Oréal. Quand j’ai accepté de venir, je ne savais pas que l’Oréal est sponsor du festival. On m’avait déjà invitée l’année dernière, mais je n’ai pas pu venir, parce que je tournais un film aux USA. Je suis là parce que j’ai de l’estime pour les gens qui veulent fonder un grand festival de cinéma dans un pays qui n’a pas une grande industrie cinématographique, et que j’aime beaucoup.
Justement, eu égard à votre longue expérience des festivals, que pouvez-vous recommander aux organisateurs pour que celui de Marrakech puisse durer et se développer ?
La réussite d’un festival ne dépend pas seulement de l’invitation de grands metteurs en scène et du nombre de photos que l’on prend. Un festival n’est pas un book de Public relations. Il faut que les films s’ouvrent sur d’autres cinémas et permettent de montrer des films de qualité, mais qui n’obéissent pas toujours aux grands circuits de distribution.
L’idée, c’est de communiquer le cinéma. Faire venir des films difficiles et ouvrir les gens à un cinéma qu’ils ne connaissent pas. C’est la seule façon pour le festival d’acquérir une personnalité. Pour Marrakech, il est encore un peu tôt pour le dire. Il faut quand même trois, quatre ans pour voir dans quelle direction il s’oriente. Il faut aussi que les films correspondent à la réalité du pays, interpellent l’intérêt des gens.
J’imagine mal ici des films du genre « Autant en emporte le vent ». La réussite d’un festival tient aussi à la personnalité des organisateurs, des gens qui le gèrent.
Vous porterez une création de quel couturier ce soir (soirée d’ouverture) ?
D’habitude, c’est Yves Saint-Laurent qui m’habille, mais ce soir, je mettrai une robe de Jean-Paul Gaultier.

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