Le silence de la peinture

Aujourd’hui le Maroc : la fin de la partie des échecs, comment est-elle venue ?
Saâd Hassani : Vous voudrez vraiment que je parle de ça. Je préfère évoquer l’acte actuel et celui de demain.
Il semble que vous n’aimez pas parler de votre peinture ?
Quand il s’agit de ma peinture, je suis comme dans un tunnel, je suis dans le silence total. Il n’y a pratiquement rien à dire. Je peux parler autour de ma peinture, mais non pas de ma peinture. Elle se fait d’une manière progressive, avec des ruptures, avec des tables rases sur ceci ou cela, mais elle se fait dans le silence.
On ne reconnaît plus dans votre peinture des objets du monde extérieur. On ne peut plus nommer d’objets dans votre peinture. Elle met en quelque sorte à rude épreuve la parole.
La peinture quelque part n’a pas besoin d’être commentée. Elle n’a pas besoin d’être accompagnée
Vous vivez un peu en retrait du milieu des peintres.
Moi, je n’ai jamais cru à l’esprit d’une communauté d’artistes. Je pense que la peinture est une expérience individuelle. Ça me semble évident de rester à l’écart.
Vous jugez inutile le débat sur la peinture?
Mais pour en faire quoi ? Tant qu’il n’y a pas de politique culturelle, tant qu’il n’existe pas un vrai débat sur la peinture, je ne vois pas pourquoi on se forgerait une carapace de militant, de résistant…
Peindre est un acte de résistance en soi. Vos tableaux peuvent parler à votre place ?
Je ne dirais pas résistance, je dirais plutôt une prise de distance vis-à-vis du monde extérieur. La peinture a besoin de silence, elle a besoin de ça. L’acte de peindre requiert le silence. Elles sont rares les personnes qui ont su mettre des mots sur la peinture. C’est d’ailleurs très rare quand c’est réussi ! Pénétrer avec des mots la réalité de la peinture, c’est de l’ordre de l’impossible. On s’en approche seulement. Sincèrement, je me demande comment on peut capter au niveau de l’écriture un moment de silence ? La peinture exige de nous un silence total.
Est-ce qu’on peut parler d’une peinture marocaine ?
Je vais vous retourner cette question. Qu’est-ce pour vous qu’une peinture marocaine ?
C’est une affaire de peintres appartenant à un pays géographiquement situé et qui s’appelle le Maroc.
La réponse est plus complexe que cela. Un peintre qui quitte son territoire, qui s’en va ailleurs est forcément porteur de l’héritage, de la culture du pays qui est le sien. Il ne va pas se déguiser. La marocanité est en lui.
Et dans sa peinture ?
La peinture est irréductible à la culture, elle constitue un plus, elle peut véhiculer une culture mais sans jamais s’y résoudre. En plus, le peintre n’a pas le temps, n’a pas le recul nécessaire pour définir sa peinture comme étant marocaine ou non.
Où placer cette marocanité? par rapport à qui ? à quoi ? Est-ce qu’il faut vraiment l’appeler peinture marocaine ? Je ne me pose pas cette question. Elle ne m’effleure même pas l’esprit quand je suis absorbé dans ma peinture. Et puis, moins on s’exprime sur la peinture, moins on écrit sur la peinture, mieux c’est.

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