Le SILT communique

Aujourd’hui le Maroc : Le salon du livre de Tanger réserve une grande place aux conférences et débats et marginalise les stands. Est-ce un choix ?
Jean-Luc Larguier : Je récuse le terme marginalisation. Ce salon est certes un espace de dialogue et de rencontre, mais les lieux d’exposition des livres ne sont pas marginalisés par rapport aux débats. Ceci dit, pour qu’il y ait un salon tel que vous le concevez, il faut avoir une multitude d’exposants nationaux, or il n’en existe pas tant que cela au Maroc.
Le marché du livre ne permet pas de tenir un salon avec des stands à perte de vue. Quand vous invitez 20 à 25 exposants, c’est à peu près tout. Après, vous pouvez inviter un certain nombre d’éditeurs français. Ceux qui acceptent de venir sont soit des éditeurs spécialisés comme Sindbad ou Actes Sud, soit de petits éditeurs intéressés par des projets de coédition. Les grandes maisons d’édition françaises ne sont pas très intéressées par ce type de salons. On ne peut pas avoir un grand salon dans un pays où le livre que nous défendons se vend entre 2000 et 3000 exemplaires en moyenne. Il faut être réaliste, construire à partir de cette réalité et essayer de faire en sorte que ce chiffre aille croissant. Des livres sont au demeurant vendus au salon.
Le fait de privilégier les débats correspond donc à une stratégie clairement définie…
En même temps qu’un lieu d’exposition, le SILT est un espace de discussion, de dialogue, une espèce de forum. C’est pour cela que nous choisissons un thème à chaque salon et que nous invitons chaque année un grand nombre d’écrivains, d’intellectuels, de poètes et de musiciens qui viennent débattre autour de ce thème. Ces débats mettent en valeur le livre. L’architecture profonde du salon reste le livre. Il existe une volonté délibérée de faire du salon du livre de Tanger un espace à la fois de discussion et d’exposition. Cela ne veut pas dire qu’il s’agit d’un salon au sens du 18ème siècle. C’est un salon populaire, grand public, même s’il ne l’est pas encore, et qui s’assigne comme mission de toucher le grand nombre. Il ne s’agit pas d’un club d’initiés ; bien au contraire, nous cherchons notre public parmi les étudiants et dans d’autres villes de la région. Mais il faut garder à l’esprit que nous agissons dans un milieu où la lecture est un acte qui ne va pas de soi.
Le lieu où se déroule le salon est quelque peu excentré. Il ne favorise pas une grande fréquentation. Qu’en pensez-vous ?
Nous avons un accord avec l’Institut international de tourisme de Tanger qui nous accueille, et je ne crois pas que la distance soit un frein majeur à la fréquentation de ce lieu qui est un peu excentré, mais on n’a pas d’autre solution! Sur le plan de la composition du public, l’année dernière, il y avait une centaine d’invités, ainsi que des personnes de Tanger et d’autres régions. Certes, leur nombre demeure insuffisant. Certes, nous touchons un éventail sociologique relativement restreint. Mais il faut encore une fois être réaliste. Ce salon ne peut pas toucher autant de personnes que le festival de musique de Tanger. Le public de personnes intéressées par le livre est limité. Ce qui ne veut pas dire que nous ne réfléchissons pas à élargir ce public. C’est dans ce sens que nous avons travaillé cette année en direction des lycéens et des étudiants. Nous avons en effet signé un accord de partenariat avec l’université Abdelmalek Essaâdi pour toucher le public des étudiants.
Pensez-vous que ces initiatives sont de nature à attirer plus de personnes cette année ?
La préoccupation d’amener le public à ce salon est permanente. Nous faisons ce salon, parce que nous agissons conformément à notre travail d’intermédiaire, de passeur pour faire connaître des oeuvres littéraires. Mon objectif est qu’il y ait plus de monde. Déjà si l’on réussit à rassembler des gens pour débattre d’un thème, et que cette réflexion participe à éclairer au moins un certain nombre de sujets, je pense qu’on aura fait un grand pas. Et je serai déjà satisfait de cela. Je sais très bien qu’on n’aura jamais 25 ou 30 000 visiteurs au salon du livre tel que celui de Tanger, alors qu’on peut avoir ce chiffre-là dans un festival de musique.
La situation du livre au Maroc fait en sorte qu’il est difficile de toucher un large public. Mais on progresse petitement, et c’est cela qui est important pour moi.
L’Association pour la Promotion des Ecrivains (APEC) a reproché, dans un communiqué, au SILT de ne pas aider les talents émergents…
J’ai lu leur communiqué, et j’ai été surpris de constater que nombre des écrivains revendiqués par l’APEC ont déjà été invités aux précédentes éditions du SILT. Tous les adhérents de l’APEC ne sont pas absents. Je crois que l’émergence des talents nouveaux est du ressort des éditeurs. Nous, nous enregistrons les propositions des éditeurs. Je trouve aussi qu’ils accordent un peu trop d’importance à ce salon, ils ont également réagi trop vite. Il fallait laisser passer cette édition et en tirer les conclusions qui s’imposent. Pour le prochain salon, ils sont les bienvenus s’ils veulent venir. C’est une démarche qu’ils auraient dû faire. Je serais ravi que l’APEC tienne un stand dans le prochain salon. Nous sommes ouverts à tout le monde. Moi, je ne connais pas tout le monde, et je ne connaissais pas l’APEC avant de lire leur communiqué dans votre journal ! Des fois, il faut avoir l’humilité de se faire connaître.

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