Le théâtre paralysé

Le théâtre paralysé

Quand l’Orchestre philharmonique du Maroc se produit à Casablanca, il joue dans une salle de cinéma. Des salles de théâtre existent, mais elles sont soit mal entretenues, soit excentrées. Ce qu’on reproche au complexe culturel Touria Sekkat ou au complexe moulay Rachid, on ne pourra pas le dire du théâtre de la commune des Roches Noires. Seul hic, il est “presque fini“, depuis maintenant quatre ans. Et cette phrase risque d’être répétée encore et encore, en dépit de quelques bonnes volontés. À preuve, l’état du théâtre a peu changé depuis l’été dernier. Des plantes sauvages accueillent toujours le visiteur à l’entrée. Des madriers par-ci, des piles de carreaux par-là entravent la marche. L’intérieur du bâtiment a été en revanche nettoyé. Mieux, les planches de la scène ont été frottées. On peut presque y jouer, n’était l’état des 667 sièges enveloppés dans des housses en plastique. Cette scène a servi au tournage des épisodes de la série “Miloud“, diffusée sur la deuxième chaîne pendant le mois de Ramadan. Ce tournage n’aurait pu s’effectuer sans l’autorisation d’un directeur du théâtre. Car ce complexe a beau rester inachevé, il est dirigé par un grand passionné de la scène et du cinéma: Abdeladim Chennaoui. Ce dernier a été nommé à ce poste en 2002. À l’époque, l’ouverture du théâtre semblait imminente, et il était effectivement fondé d’engager un directeur pour qu’il réfléchisse au statut interne de l’établissement et à la formation des techniciens. Les anciens élus de la commune des Roches Noires ont même voulu brusquer le destin de cet édifice, en adressant à SM le Roi une lettre pour avoir l’autorisation de donner le nom de Mohammed VI au théâtre. L’ouverture du bâtiment devait coïncider avec la fête du trône le 30 juillet 2003. Rien de cela n’est arrivé. Une nouvelle équipe a été élue, au mois de septembre, à la commune des Roches Noires. Ses membres sont unanimes sur trois entreprises qui bloquent la fin des travaux. Deux d’entre elles s’occupent de la décoration intérieure et des plantes. Leurs dossiers sont noyés dans les circuits de l’administration. En revanche, l’entreprise, chargée de l’éclairage de l’établissement, pose un vrai problème. Des bruits circulent au sujet du paiement de cette société, effectué du temps de l’initiateur du projet qui présidait alors la commune des Roches Noires, Abdelmourit Slimani. L’actuel président de cette commune, Abdelouahab Chiguer, veut régler le problème de cette société d’une façon draconienne. “Son contrat sera résilié“, affirme-t-il à ALM. Son vice-président, Mohamed Talbi, précise :“cette société est déjà payée à hauteur de 98%. Elle n’attend que l’aubaine d’une résiliation pour disparaître“. Et c’est ainsi qu’on avance avec la chose et son contraire sur le terrain glissant de ce dossier. Tout le monde semble en savoir trop, et personne ne veut dire très clairement ce qui bloque l’ouverture du théâtre. Un élu nous a dit : “Si le théâtre ouvre ses portes, on sera obligés de faire les comptes. Certaines personnes ont intérêt à ce que cela n’arrive jamais“. Le budget global de l’établissement s’élève à 70 millions de DH. L’édifice a déjà onze ans, et son architecte s’appelle Anas Labied. En plus du théâtre, le bâtiment est doté d’une bibliothèque et de plusieurs salles de conférences. Sa principale attraction demeure toutefois la scène de la salle de théâtre impressionnante par sa taille : 34 mètres de largeur sur 22 mètres de profondeur. Elle est réellement appropriée à des représentations variées. Tout le monde attend donc de pouvoir assister à une pièce ou un concert dans un théâtre, au lieu d’être contraint de les apprécier dans une salle de cinéma. De grands espoirs sont fondés sur la mairie de Casablanca.

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