Le vote confirmatif de l’architecture

Le vote confirmatif de l’architecture

«Si l’architecture avait un rôle à jouer, il serait d’un ordre démonstratif ». C’est par cette phrase que Selma Zerhouni commence l’excellent éditorial du dernier numéro de la revue « Architecture du Maroc ». La démonstration en question se rapporte à la continuité architecturale entre le Sud et le Nord du Maroc. Les techniques, les matériaux et les plans de constructions, très largement exploités dans le Sahara, sont analogues à ceux du Nord. Alors que d’autres pays dépêchent des missions spéciales, créent des budgets exceptionnels pour prouver leur présence historique sur des terres contestées, la preuve par l’Histoire s’est imposée à une équipe de chercheurs et d’anthropologues marocains qui ne l’a pas cherchée. Partie en périple dans les provinces du Sud afin d’étudier les habitations d’une population supposée nomade, l’équipe en question a été obligée de revoir ses plans. « On pensait trouver des tentes et des maisons en pisé, et nous avons découvert des bâtiments construits depuis plusieurs siècles d’une manière très élaborée », nous confie l’architecte Fouad Akalay. Parmi les constructions qui ont surpris l’équipe par leur aspect élaboré et leur ressemblance avec ceux du Nord, existe le ksar de Assa qui remonte au 13ème siècle. Il peut être déplacé dans une province du Nord sans jurer avec les constructions qui lui sont adjacentes. Autre continuum du point de vue architectural entre le Sud et le Nord, la citadelle de Tamanart, datant du 16ème siècle. A l’exception de la pierre, extraite dans la région, tout en cette citadelle étonne par une parfaite ressemblance avec les constructions fortifiées du Nord. La citadelle de Tamanart peut être implantée à Rabat ou Essaouira sans heurter l’oeil. Cette conformité architecturale n’aurait pu avoir lieu sans le déplacement des hommes. Des maâlems du Sahara étaient en effet invités au Nord, et inversement. En atteste la zaouia du cheikh Maâ El Aïnaïn, construite en 1890 à Smara. Pour la bâtir, le cheikh a fait appel aux quatre meilleurs maâlems du Maroc. Ils sont venus de Marrakech, Fès, Salé et Tanger pour donner naissance à l’un des plus surprenants monuments du Sahara marocain. La preuve par l’architecture que le Maroc est une entité homogène, avec des spécificités régionales, découle naturellement du rôle vital que le Sud a toujours joué pour le Nord. Historiquement, le Maroc est un pays très peu porté sur les échanges maritimes. Les véritables voies du commerce étaient tracées par les caravanes qui reliaient le Nord au Sud. Historiquement, les dynasties qui ont régné sur le Royaume sont toujours venues du Sud. Historiquement, il n’y avait pas de distinction entre le Sud et le Nord du Maroc ! A l’heure où la question du Sahara marocain fait l’objet de discussions au siège de l’ONU, l’architecture apporte une preuve supplémentaire sur la marocanité des provinces du Sahara, et nous rappelle qu’il est vain de persister à s’agiter sur une question que l’Histoire a tranchée, il y a des siècles déjà.

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