Leïla Ghandi : «J’aime l’aventure et les émotions fortes»

Leïla Ghandi : «J’aime l’aventure et les émotions fortes»

ALM : Ayant suivi des études à Sciences Po Paris et après avoir occupé des postes intéressants en France, vous avez décidé de tout abandonner pour la photographie. Qu’est-ce qui explique ce choix ?
Leïla Ghandi : Je n’ai pas tout abandonné pour la photographie, j’ai juste décidé de suivre une autre route, celle que j’avais commencée à l’âge de 15 ans. Je n’ai pas le sentiment d’avoir abandonné quoi que ce soit, sinon de m’être rapprochée de ce que j’étais vraiment. Il n’y a pas eu de rupture, juste une franche continuité, moins timide, plus engagée. Cette décision est le fruit spontané de plusieurs années d’introspection et de voyages, de rencontres et d’apprentissage. Ce sont ces voyages là, ces expériences en immersion dans d’autres cultures, qui m’ont permis de construire mon regard et de découvrir la voie qui se présentait à moi. La photographie en fait partie. Je suis diplômée de Sciences Po Paris, cela avait un sens pour moi hier et cela en a toujours aujourd’hui.

Est-ce que vous regrettez cette décision?
Je ne regrette absolument rien dans mes choix. Ni mes diplômes (programme européen de l’Ecole supérieure de commerce de Bordeaux, Bachelor of Arts en European Management de l’Université de Portsmouth au Royaume-Uni, et Sciences Po Paris), ni mes expériences professionnelles passées (ambassade de France à Santiago du Chili, centre de formation franco-chinois de Pékin, mission internationale de la Chambre de commerce du Lot-et-Garonne), ni mon parcours atypique. C’est justement la somme de ces expériences qui m’a construite et qui me définit aujourd’hui. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si on me dit souvent que mon travail et ma démarche ont une portée politique. Je collabore régulièrement avec les médias, les centres culturels et les galeries d’art, mais aussi avec des institutions politiques et des organismes internationaux (Union européenne, Union africaine, ONU, ministères, Fondation Mohammed VI, Sciences Po etc,.) et des personnalités publiques telles que Gilles Képel. Aussi, je suis régulièrement invitée à représenter le Maroc, ou plus généralement l’Afrique du Nord, à l’occasion de sommets internationaux. Le dernier en date était le World Forum for Intercultural Dialogue de Baku, en Azerbaïdjan. Pour moi tout est lié. Le voyage est une source d’inspiration, la création artistique est un support, les médias un lieu de diffusion et d’échange, la politique un message et un engagement.

Que représente pour vous la photographie ?
La photographie pour moi est un support, un langage, un véhicule, un outil, un moyen de dire les choses autrement. La photographie n’est pas un objectif, une fin en soi, je ne suis pas obsédée par la photographie. Je suis davantage intéressée par ce qu’elle apportera comme message, ce qu’elle provoquera comme émotion, ce qu’elle permettra de raconter. D’ailleurs, je fais tout aussi appel à la vidéo quand il s’agit de réaliser un documentaire, et aux mots quand il s’agit d’écrire un livre, une chronique ou de donner une conférence. Pour moi il s’agit là d’outils complémentaires.

Qu’est-ce que vous aimez photographier?
L’humain. Les scènes de vie, les modes de vie, les quotidiens, les histoires des autres. Je suis spécialisée dans le portrait documentaire. Mon intention est de dresser le portrait d’une certaine réalité, détachée de toute forme d’artifice ou de préparation. Pas de repérage, pas de studio, pas de mise en scène, pas de lumière artificielle, pas de maquillage. La réalité telle qu’elle est au moment où je la rencontre. Sans jugement ni parti pris. Entrer en immersion et raconter l’histoire de l’autre, que ce soit à travers une photographie, un film, ou un texte.

Vous avez parcouru le monde entier, quels sont les pays que vous n’avez pas encore découverts ? Et à quand remonte cette passion ?
J’ai visité une cinquantaine de pays, il serait donc plus rapide de faire la liste des pays que j’ai découverts plutôt que celle de ceux qu’il me reste à découvrir !… J’ai fait le tour du monde mais on ne fait jamais le tour du monde. D’ailleurs mon ambition n’est pas d’aller partout, mais simplement de me rapprocher le plus de la réalité de ceux qui m’accueillent quand je vais quelque part. Cette passion je la dois à mes parents et à mes grands-parents, qui ont semé la graine. Cette passion remonte à avant ma naissance, avec un père grand voyageur qui m’a très tôt initiée au goût de la découverte et de l’aventure, et qui m’a montré l’intérêt d’aller à la rencontre des autres cultures, une mère et une grand-mère qui ont fait le tour du monde, et des parents qui ont voyagé avec leurs deux enfants (mon frère et moi) quand ils étaient petits et qui ensuite m’ont donnée la liberté de commencer à voyager seule alors que j’avais à peine 15 ans.

A travers votre expérience dans le domaine de l’image, comment voyez-vous l’actualité nationale et internationale ?
Ce que je ne pense pas à travers mon expérience dans le domaine de l’image que je vois l’actualité nationale et internationale, mais à travers la grille de lecture que je me suis construite au fil des routes et que je continue à construire au fil de mes apprentissages et découvertes des autres réalités qui nous entourent, c’est aussi, tout simplement, à travers les témoignages des hommes et des femmes qui la vivent au quotidien, que je vois l’actualité.

Vous venez récemment de vous marier. Que représente pour vous cet événement?
C’est grandir, c’est être heureux de ne plus penser qu’à soi et de compter avec l’autre. C’est l’union des cœurs, des esprits, des projets et des libertés. C’est la somme des rêves de chacun avec l’énergie de deux pour les réaliser. C’est la promesse du respect mutuel, c’est vouloir participer à l’accomplissement et à l’épanouissement de l’autre. C’est décider de poursuivre la route à deux, de construire sa propre cellule familiale, d’écrire un nouveau livre à quatre mains.

En dehors de la photo, quelles sont vos autres passions ?
Ma photographie est née du besoin de témoigner de ce que je vivais, de ce que je découvrais, de ceux que je rencontrais.
Ma première passion est l’écriture, puis le voyage et la découverte du monde. Je suis une passionnée, j’aime l’aventure, les émotions fortes, les longues journées de route, les soirées au coin du feu, le chocolat praliné, les carnets de voyages, les rencontres improbables, les nuits sous la tente, et tellement d’autres choses encore.

Si vous n’étiez pas reporter-photographe, qu’est- ce que vous auriez aimé être ?
Politicienne, écrivaine, comédienne, animatrice télé. J’ai d’ailleurs un petit début d’expérience dans chacun de ces domaines.
Peut-être les développerais-je dans le temps.

Quand vous trouvez un peu de temps libre, qu’est-ce que vous aimez faire ?
Des repas en famille, des barbecues entre amis, des balades dans la nature, du sport, bouquiner, cocooner… on trouve, je crois, toujours du temps pour faire les choses qu’on aime, sinon ça veut dire qu’il faut vite se réorganiser!

Quel est votre plus grand rêve?
Chaque jour pouvoir me dire: «papa aurait été fière de moi». Chaque jour pouvoir soutenir et donner le sourire à ceux que j’aime.

Un mot sur vos projets en cours et à venir.
Je reviens tout juste d’un tournage en Afrique, je réalise un film documentaire pour la télévision et qui permettra aux téléspectateurs de m’accompagner lors de mes aventures. Je suis invitée la semaine prochaine à rencontrer les élèves de 6ème du lycée Lyautey. Mon travail a tout récemment été publié dans deux revues de l’ONU, la première en collaboration avec Yann Arthus Bertrand, la deuxième en collaboration avec, entre autres, Steeve Mac Curry. Je prépare une exposition de photographies avec les enfants de Bayti, «Portraits et quotidiens», dont le vernissage aura lieu le 22 juin au sein même de la maison Bayti de Aïn Chock à Casablanca.

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