L’énorme imposture

Les livres ont foisonné après le 11 septembre. Les gens avaient soif de comprendre. Et chacun y est allé de son analyse, sa théorie, sa version des faits pour les aider à décrypter ce qui s’est passé. Thierry Meyssan fait partie de ces écrivains qui ont fait des débris du 11 septembre l’objet d’un livre. «11 septembre 2001, l’effroyable imposture» est un livre à sensation, dans la mesure où il bat en brèche tout ce qui a été avancé jusque-là.
Ce livre intéresse particulièrement les lecteurs marocains, puisqu’il a été édité, quelques jours après sa parution en France, par une maison d’édition établie à Casablanca. Le ton de ce livre se veut sérieux. Son auteur précise dès la page du titre que son texte est basé sur des documents que le lecteur peut consulter et vérifier. Ces documents, il les a consultés sur Internet. Leur diffusion est donc à la portée de tous. Cette démarche est préjudiciable à la valeur des investigations. Il n’y a pas beaucoup de mérite à écrire un livre qui n’apporte aucun document que ne peuvent atteindre les lecteurs par leurs propres moyens. L’on sait d’ailleurs que tout ce qui circule sur le Net est surveillé par ceux-là mêmes que soupçonne l’auteur. Pas d’inédit donc. L’exploitation de ce qui a été collecté doit pallier l’indigence des révélations. Thierry Meyssan donne le ton dès les premières phrases : la « version officielle ne résiste pas à l’analyse critique.
Nous allons vous démontrer qu’elle n’est qu’un montage ». C’est une déclaration-choc, de nature à appâter le lecteur et à exciter son attente des révélations instructives sur ce qui s’est passé. L’auteur se noie ensuite dans des considérations sur le bien-fondé du scepticisme et de la critique individuelle, avant d’avancer sa principale thèse : aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone. «Comment se fait-il que l’avion soit descendu presque à la verticale, sans endommager les lampadaires de l’autoroute qui borde le parking du Pentagone ?», s’interroge-t-il. Il passe ensuite au crible une photo prise quelques minutes après l’incendie, procède à des considérations techniques sur la configuration d’un Boeing et sur le fait qu’il ne peut s’incruster dans une aile du Pentagone sans laisser de trace. Meyssan en conclut qu’il n’y a pas d’avion.
La conclusion est précipitée, peu convaincante, et elle constitue de surcroît la base qui légitime les autres interrogations. « Si l’administration Bush a falsifié l’attentat du Pentagone pour masquer des problèmes intérieurs, n’a-t-elle pas aussi caché certains éléments des attentats survenus au World Trade Center ? » Le seul élément de suspicion valable pour engager une investigation de cette nature est l’absence de traces laissées par l’avion du Pentagone. Pour le reste, les thèses concernant les deux tours sont si peu convaincantes qu’elles ressemblent à une élucubration grotesque. En plus, l’auteur du livre nous abreuve de ce dont nous ont déjà saturés les médias. Ce qui crée un effet redondant, vomitif. Les anomalies de l’enquête permettent certes de se poser des questions. Les coupables ont été vite identifiés. Le commanditaire des attentats a été désigné dans les minutes qui ont suivi le nuage de fumée de la première tour. Mais de là à affabuler une version sur l’imposture, et de conclure que Ben Laden a agi de concert avec la CIA, il faut bien plus que des présomptions pour en convaincre le lecteur. Or, l’auteur ne démontre rien. Il avance des thèses sans assises. Il conclut plus vite qu’il ne démontre. Ainsi, les attentats profitent aux USA.
L’armée et les intérêts pétroliers de l’Amérique en sont sortis vainqueurs. Formulées ainsi, les thèses de Meyssan ressemblent à certains propos échangés dans les comptoirs des bars. Elles persuadent d’une seule chose : leur auteur a fait son beurre sur les décombres des Twins. Quant au reste, Hénorme ! aurait dit Flaubert.

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