L’érotisme arabe étalé au grand jour

L’érotisme arabe étalé au grand jour

«Je le jure devant Dieu, la connaissance de ce livre est certainement nécessaire à l’Homme. Seuls les ignorants et les ennemis de la science ne le liront pas ou le couvriront de ridicule». C’est par ce préambule que Cheikh Nefzaoui introduit «Le Jardin parfumé», le plus célèbre manuel d’érotologie arabe.
Traduit en plusieurs langues, ce livre, infiniment plus riche, plus utile voire même mieux écrit que le Kama-Sutra, plonge le lecteur dans un univers érotique débridé où ses pulsions les plus enfouies peuvent s’épanouir.
«Les femmes valent mieux que les hommes. Elles leur sont supérieures en tout et surtout dans l’art de jouir et de réfléchir», souligne l’auteur.
«Le Jardin parfumé» a été écrit au début du XVIème siècle sur commande du grand visir de Tunis. Ce dernier demanda au Cheikh de réaliser un manuel d’enseignement susceptible de révéler la source du plus intense de tous les plaisirs.
Usant d’un style raffiné, l’expert en sexologie ne savait certainement pas qu’il allait produire un chef-œuvre littéraire qui sera au fil des siècles lu et relu par des milliers de personnes dans le monde.
«La lecture du manuel "Le Jardin parfumé" a marqué ma vie. À l’époque, je n’étais qu’un adolescent. Il m’a permis de connaître beaucoup de choses. Des choses qui m’ont permis de vivre une vie conjugale très épanouie. Sexuellement parlant. Je l’avais découvert chez ma mère. Elle le conservait secrètement dans son armoire. Plus tard, j’ai appris qu’il lui a été offert pas sa sœur aînée», raconte Saïd. K, âgé de 41 ans.
La littérature arabe regorge d’écrits érotiques. Des écrits où l’art de faire l’amour est décrit de mille et une façons. L’ouvrage de Cheikh Nefzaoui n’est qu’un exemple de ce style littéraire de moins en moins en vogue dans les pays arabes.
Étouffé par la pression des milieux conservateurs, ce genre d’écrits a failli finir dans les oubliettes. Pourtant, l’Islam n’a jamais réprimé telle ou telle pratique intime entre conjoints à l’exception, bien entendu, de la sodomie qui, elle, a été explicitement prohibée par le Prophète.
Si «Le Jardin parfumé» propose une série de solutions pratiques aux problèmes que les gens peuvent rencontrer, «Rojour Al Cheikh Ila Sibah» (Le retour du vieux à sa jeunesse), un autre ouvrage de référence, expose, quant à lui, une dizaine d’histoires érotiques courtes.
Écrit par un certain Moulay Ahmed Ibn Salman, connu sous le nom d’Ibn Kamal Bacha, cet ouvrage comprend en plus de ces histoires courtes dix chapitres traitant divers volets.
C’est un monde fascinant que livre Ibn Kamal Bacha. Un monde dans lequel s’entrecroisent des amants célèbres déchirés par des passions contrariées, des couples comblés de volupté, ainsi que diverses spécialités érotiques encore tenues au secret. On a tendance à reprocher à littérature érotique d’être parfois répétitive. Ce n’est pas le cas du «Jardin parfumé» ni du «Rojour Al Cheikh Ila Sibah», comme d’ailleurs la majorité des manuscrits arabes évoquant le monde des plaisirs.
Par exemple, l’organe sexuel féminin est désigné par plusieurs noms : «Abou-tartour», «Al-Ataï», «Al-Manfoukh» etc.
Récemment, Malek Chebel, docteur en psychanalyse, a décidé d’exhumer cet héritage et le réunir dans un manuel qu’il a nommé : «Le Kama-Sutra arabe». En 452 pages, cet ouvrage dit tout sur l’érotisme arabe. Un «livre à lire d’une seule main», comme dirait Rousseau. Le résultat est impressionnant.
Conçu comme un manuel du savoir-vivre amoureux et d’éducation sexuelle, ce Kama-Sutra regroupe une variété d’œuvres littéraires et de poèmes portant sur le bien-jouir et la copulation.
Selon son auteur, «les fondamentalistes tiennent pour impure toute intention charnelle, et même tout clin d’œil». Mais cet ersatz de dogmatisme mâtiné d’un zeste d’intégrisme violent procède d’une haine de la chair. «Il condamne le corps et la nudité, et excommunie la femme au seul prétexte qu’elle est une femme», pousuit M. Chebel, en précisant que «l’Islam n’a pas toujours été synonyme de frustration et de culpabilité». Par le passé, un grand raffinement a accompagné son développement, notamment en Mésopotamie, en Andalousie, au Maghreb et en Syrie. L’auteur de l’ouvrage «Le Kama-Sutra arabe» rappelle «les divans recouverts de roses et les lits coquins dont parlent “Les mille et une nuits“». Mais la psychanalyse a prouvé que ce que l’on refoule le plus est cela même qui rejaillit avec une force sauvage…  «Tous ceux qui veulent dresser les jeunes filles selon leur vision rétrograde agissent non pas comme des musulmans, mais comme des misogynes et des machos», conclut ce philosophe et islamologue algérien.

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