Les confessions de Soeur Emmanuelle, publiées post mortem

Les confessions de Soeur Emmanuelle, publiées post mortem

Presque tout a été dit sur sa jeunesse dans la bourgeoisie belge, son désir tôt exprimé de devenir religieuse, son engagement total auprès des chiffonniers du Caire puis des enfants miséreux du monde entier. Mais là, c’est elle qui raconte. Elle évoque les oppositions rencontrées, ses doutes, ses enthousiasmes et même des tentations de la chair.
Elle raconte, comme si c’était hier, avoir fréquenté les dancings, être tombée plus ou moins amoureuse de son prof de grec et avoir quelque temps balancé entre le mariage et le couvent. Le plus surprenant est qu’elle avoue – un peu complaisemment – qu’elle se masturbait souvent dans son enfance et son adolescence et que la tentation du plaisir l’a longtemps taraudée. Plus intéressant est son cheminement vers les autres religions, en particulier vers le judaïsme. Bien qu’ayant une grand-mère juive, elle avait dans sa jeunesse une forte aversion pour les juifs, avant de réaliser la filiation entre les deux religions.
«Musulmans, athées et juifs ont nourri ma foi de chrétienne, écrit-elle. Ils ont élargi ma compréhension de Dieu. (…) La valeur ne dépend pas de la religion, mais de l’amour qui nous fait considérer l’autre comme un frère ou une sœur». Elle rappelle aussi qu’elle a douté. «Devant l’absence de Dieu au milieu de drames atroces, finalement, lucidement ai-je raison de croire en lui? En évoquant la mort des enfants, la seule conception d’un être tout puissant et bon peut paraître fantasmagorique. Ma foi a vacillé, s’est reprise pour vaciller à nouveau et se reprendre encore», avoue-t-elle avant de dire sa certitude d’avoir choisi «la bonne route, celle qu’on monte encordée avec des frères que l’on veut libérer». Au soir de sa vie hyperactive, elle dit être «devenue une orante» et assure que «c’est toujours le temps du plus grand amour». Sœur Emmanuelle a achevé la rédaction de ses confessions en août 2006 après y avoir travaillé pendant près de vingt ans. Elle voulait au départ témoigner de sa vie religieuse, puis quand elle a eu conscience de devenir une icône, elle a voulu «rectifier le tir» et a décidé de se livrer à «un examen de conscience radicalement honnête» sans gommer ses faiblesses, écrit l’abbé Philippe Asso qui l’a aidée dans la rédaction.
Elle avait demandé que ce texte ne soit publié qu’après sa mort.
Les droits seront versés à son association Asmaé («Confessions d’une religieuse», Flammarion, 410 pages, 20 euros).
Un autre livre de Sœur Emmanuelle, intitulé «Mon testament spirituel» et co-écrit avec sa nièce Sofia Stril-Rever, doit paraître le 30 octobre. «Je vous demande de continuer à chanter avec moi sur les routes du monde où vous êtes en chemin. Préparons-nous à des retrouvailles merveilleuses», y écrit-elle. (Presses de la Renaissance, 238 pages, 17 euros).

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