Les éditions jeunesse au Maroc, un choix difficile qui relève du militantisme

«Ce sont les éditions les moins chères qui se vendent le mieux , nous explique-t-on dans les librairies. Pour les écoles ce sont les éditions étrangères qui se vendent le plus, «L’école des loisirs», «Follio junior», etc. Les prix des ouvrages varient de trente à soixante-dix dirhams. Les prix des livres des éditions marocaines commencent autour de trente-cinq dirhams et ne sont pas très demandés par les écoles ou les bibliothèques même si leur qualité est indiscutable. Les ouvrages de «Yomad» par exemple sont très bien faits et signés par des auteurs reconnus ( «L’âne lakhal» par Driss Chraïbi, «Comment Nassim a mangé sa première tomate» par Abdellatif Laâbi, «La meilleure façon d’attraper les choses» par Fouad Laroui, «Pomme de grossesse» par Abdelhak Serhane)». Offrir des livres de qualité pour enfants et en rapport avec le pouvoir d’achat marocain n’est pas tâche aisée. Surtout quand le ministère de la Culture, qui a un budget pour l’aide à la publication, préfère s’amuser à jouer lui-même à l’éditeur et publie des livres de mauvaise qualité au prix de cinq dirhams. L’édition est un métier à part entière et l’éducation des enfants en matière de livres reste à faire. Il s’agit de les sensibiliser aux vertus de la lecture et les encourager à opter pour la qualité. Les librairies sont inondées de livres importés de grande qualité. Le livre marocain pour enfant doit affronter la concurrence et se montrer à la hauteur de l’exigence des jeunes lecteurs. Cette année, le prix Grand Atlas a récompensé la catégorie livre jeunesse. Charlotte Bousquet a eu le prix lycéen pour «Zéna et le fils du vent», «Aalem et le sorcier» de Mohamed Dib a eu le prix de l’illustration (l’illustrateur est Alexis Logié) et le prix du texte a été attribué à Habib Mazini pour «La révolte du trente février», le tout aux éditions Yomad. Yomad est la seule maison d’édition marocaine spécialisée dans le livre jeunesse. «C’est dans un salon du livre à Paris en 1997, auquel j’assistais en tant que responsable de la revue «Il paraît» que j’ai constaté une forte demande de livres pour enfants. Dans le stand marocain, c’était le désert, alors je me suis dit pourquoi pas moi? Mais à aucun moment je ne me suis doutée de ce que cela sous-entendait comme efforts, moyens, structure», nous avoue Nadia Essalmi, la jeune éditrice de Yomad. Le bureau du livre de l’Ambassade de France a aidé pour la publication des premiers ouvrages. Des auteurs de renom ont fait confiance à cette maison d’édition qui débute et lui ont écrit et signé quelques ouvrages en lui ouvrant les portes du marché marocain. • B.T. De son côté, la jeune éditrice ne chôme pas. Elle organise des programmes d’animation dans des écoles et des librairies, des rencontres avec les auteurs, des signatures de leurs ouvrages, des lectures de contes. La création d’une collection mini-plume permet de donner une chance aux auteurs en herbe. Beaucoup de projets, peu de moyens. Quand on pense que c’est grâce à un crédit jeune promoteur que «Yomad » est née, que Nadia Essalmi est seule pour rembourser son crédit, relever le défi de la qualité à un moindre coût, on peut en conclure que l’édition pour enfants relève aujourd’hui effectivement du militantisme et qu’il faut une sacrée dose de courage pour continuer à y croire. Il n’y a que «La croisée des chemins» qui s’est à son tour lancée dans cette aventure périlleuse et qui publie quelques titres cette année ( dont « La nuit du destin » et « À la recherche du trésor des Almohades » de Sonia Ouajjou). Un secteur pourtant indispensable à promouvoir en ces temps où l’enfant est sous l’emprise des consoles de jeux et de l’image… Et que seul jusqu’à aujourd’hui le bureau du livre de l’Ambassade de France a aidé à exister. C’est ce même bureau du livre qui a proposé cette année la catégorie livres jeunesse au prix Grand Atlas. Alors à bon entendeur, salut !

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