«Les jeunes manquent de moyens de distraction»

«Les jeunes manquent de moyens de distraction»

Aujourd’hui Le Maroc : Cette année le Mouloudiya club de Sala Al Jadida a remporté à la fois la Coupe du Trône de Judo et le championnat du Maroc par équipe. Quel était votre sentiment après ce doublé ?
Adil Belgaïd : Je suis très fier de ce résultat qui n’est qu’un début. Comme vous le savez, j’adore les challenges. Notre club est très ambitieux. On espère ainsi briller à l’échelon arabe et africain. Ce n’est pas facile, mais réalisable.

Mouloudiya club de Sala Al Jadida est composé de judokas locaux et de Marocains issus de l’immigration. Quelle est l’ambiance qui règne au sein de cette équipe ?
Le Mouloudiya club de Sala Al Jadida est à la fois le premier et l’unique club marocain qui a réussi à faire ce mélange. L’équipe est très soudée. L’ambiance est magnifique. Il y a une énorme fraternité qui nous lie. L’exploit qu’on a réussi ensemble en est la preuve. Cela ne pouvait pas marcher s’il y avait cet esprit de solidarité qui existe au sein du club. Et c’est le secret de la réussite.

Pensez-vous qu’il y a une différence entre le niveau des judokas locaux et celui des marocains issus de l’immigration ?
Il y a une différence effectivement. On ne peut pas nier cette réalité. Mais c’est tout à fait normal. En France, il y a les infrastructures nécessaires et les moyens ne manquent pas. Sur le plan technique, il y a des entraîneurs spécialisés pour chaque tranche d’âge. C’est ce qu’on est en train de développer au club. Nos judokas locaux ont du potentiel qu’il faut exploiter. Pour cela, il faut avoir une grande expérience pour pouvoir détecter les nouveaux talents, puis les encadrer. Physiquement, les judokas n’ont rien à envier à leurs compatriotes vivant à l’étranger. Sauf que certains d’entre eux ont besoin de développer leurs techniques. Justement, c’est le travail de base d’un club qui permet à un combattant d’être complet pour pouvoir rivaliser avec les européens.

Que pensez-vous du niveau du judo au Maroc ?
Comme je l’ai souligné, nos judokas ont du potentiel. Ils ont simplement besoin d’être encadrés. Il faudrait que les sponsors s’intéressent à ce sport noble, car on a besoin de moyens. Je demande à la place de notre fédération royale marocaine de judo, qu’on puisse mettre le judo sur le même pied d’égalité que les autres disciplines qui ont facilement des sponsors avec et surtout sans résultat à la clef. C’est un coup de gueule que je lance. Je vous donne un exemple concret, El Asri Mohamed, l’actuel champion d’Afrique, un MRE, a besoin d’une bourse pour subvenir à ses besoins et pouvoir se préparer dans de bonne condition. Il a fait le choix de combattre sous les couleurs du drapeau national alors qu’il avait la possibilité de rester avec l’équipe de France et être bien payé. C’est moi qui l’ai convaincu d’opter pour l’équipe nationale. Mais aujourd’hui il a des difficultés pour faire les stages et les tournois internationaux ; faute de moyens. En résumé, il y a un manque de moyen et de confiance de la part des sponsors qui ne réalisent pas ce que peut véhiculer le judo comme valeurs. Il y a un nombre important de pratiquants alors faisons les rêver et croire en la réussite grâce à ce sport.

Au Maroc, le judo n’est pas aussi populaire qu’en France. Que faut-il faire pour promouvoir cette discipline chez nous ?
Les médias doivent jouer un rôle important pour promouvoir cette discipline. Pour que le judo soit aussi populaire qu’en France, il faudrait des moyens et surtout de bonnes volontés pour pouvoir investir, communiquer et se battre pour le développement de ce sport.

À part la self-défense que peut apporter le judo à son pratiquant ?
En optant pour le chemin du judo, on finit par avoir la patience et la volonté, la capacité de canaliser son énergie, la persévérance et l’assiduité. Et surtout lorsqu’on devient un champion, il faut toujours garde la tête sur les épaules et ne jamais dire qu’on est arrivé.

Avez-vous déjà fixé une date précise pour votre retraite ?
Ça va venir un jour. Pour l’instant je m’entraîne tranquillement. Et j’étudie, par la même occasion, des propositions familiales.

Avez-vous pensé ce que vous comptez faire après votre retraite ?
C’est déjà fait. Développer les arts martiaux dans toutes les villes du Maroc, et faire une chaîne de club de proximité en liant sport, études et loisir.
Généralement, les jeunes issus des quartiers populaires manquent de moyens pour se distraire. Et je compte renouveler l’expérience de Sala Al Jadida dans d’autres quartiers. Et actuellement, je suis en contact avec plusieurs personnes (PDG et patrons d’entreprises) qui veulent aider ces jeunes.

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