Les livres de la semaine

Roman : Rien de grave, Justine Lévy
Neuf ans après « Le Rendez-vous », Justine Lévy raconte un chagrin d’amour dans « Rien de grave ». Avec tendresse, élégance et cruauté. «Je suis ce que maman a fait de mieux. C’est, du moins, ce qu’elle prétend.» En 1995, cette première phrase d’un premier roman signé d’une jeune femme de 20 ans avait fait quelque bruit. On se rua sur ce « Rendez-vous » (Plon) pour des raisons parfois douteuses, l’auteur, Justine Lévy, étant fille de BHL. Mais enfin, elle avait un ton, que l’on salua en évoquant Françoise Sagan. Neuf ans plus tard, Justine est de retour, avec un livre émouvant et élégant. Le titre ? « Rien de grave » (Stock).
La première phrase ? « Je suis venue en jean à l’enterrement de ma grand-mère. » Suivent donc des confessions de Louise (Justine ?), qui avait su raconter sans pathos sa vie comme un éternel rendez-vous manqué avec une mère fantasque, la somptueuse, la malheureuse Alice. Bien entendu, le malentendu va resurgir, amplifié, risquant de dissimuler les qualités de ce roman où l’on cherchera d’abord les clés. Se souvenir des magazines people, de l’aventure d’un top model devenu chanteuse devrait suffire aux curieux.
Les vrais lecteurs, eux, éviteront ces plaisirs pervers pour lire simplement les ravages d’un chagrin d’amour sur un être enfantin, incertain, qui découvre dans l’épouvante qu’« être adulte, c’est être remplacée ».
Essais : «Le Capitalisme, est-il moral» ? De André Comte-Sponville
Alternant exemples, anecdotes, citations et analyses, André Comte-Sponville démontre que le capitalisme est, par nature, amoral. L’entreprise, dit-il, n’a pas vocation à distribuer de l’affection ni de l’amour : elle n’a que  » des objectifs et un bilan « , point final.
Aujourd’hui, André Comte-Sponville, le philosophe, auteur comblé du Petit Traité des grandes vertus, parvient aux mêmes conclusions au terme d’un brillant petit essai, Le capitalisme est-il moral? Un ouvrage qu’il aurait aussi bien pu sous-titrer « Ne mélangeons pas tout!».
Le capitalisme, dit-il, n’est pas plus moral qu’il est immoral, il est a-moral: la morale n’a rien à faire dans la loi de l’offre et de la demande, simple résultante de l’équilibre des intérêts des acheteurs et des vendeurs. Ainsi, le cours du cacao est le prix maximal auquel les acheteurs voudront l’acquérir; certes, sa variation de quelques cents peut jeter des dizaines de milliers de familles dans la pauvreté mais lui demander d’être «décent», c’est attendre de lui beaucoup plus qu’il ne peut donner.
Secourir ces familles sera la fonction de la société qui les entoure, pas du capitalisme: «Ne comptez pas sur le marché pour être moral à votre place.» N’est-ce pas d’ailleurs parce qu’il a voulu mettre de la morale dans un système économique que le communisme a tragiquement échoué? Son bon fonctionnement eût en effet supposé que «les hommes mettent l’intérêt général plus haut que leur intérêt particulier»… Le totalitarisme devint inévitable, «puisqu’il fallut imposer par la contrainte ce que la morale se révéla incapable d’obtenir».
Roman : «Effroyables jardins» Michel Quint
Son père, instituteur, était résistant. Il ne le savait pas. Le jour où il l’apprend, il va regarder différemment cet homme qu’au fond il ne connaissait pas… Un chef-d’oeuvre de concision, d’intelligence et d’humanité.
Michel Quint est né fin 49 dans le Pas-de-Calais. Il commence par écrire du théâtre pour Théâtre Ouvert, puis pour France Culture qui diffuse aussi ses feuilletons radiophoniques. Il s’essaie au roman policier et obtient en 89 le Grand Prix de la Littérature Policière pour « Billard à l’étage ». Tout en tâtant du roman noir aux éditions Rivages et Joëlle Losfeld, il goûte aussi au scénario pour la télévision. Il est titulaire d’une licence de lettres classiques et d’une maîtrise d’études théâtrales.
Paru en septembre 2000 « Effroyables jardins » obtient en mars 2001 le prix Ciné-Roman, en mai le Prix de la Nouvelle de la Société des Gens de Lettres et en mars 2002 le prix Jean-Claude Izzo.
Dix huit traductions de ce roman sont prévues. Jacques Villeret, André Dussolier, Thierry Lhermitte et Benoit Magimel incarneront les personnages de Michel Quint au cinéma sous la direction de Jean Becker. Tournage en Rhône-Alpes lors de l’été 2002.
Roman : «Heureux, qui comme Ulysse…», Robert Letan
« Heureux, qui comme Ulysse… », c’est le titre du dernier ouvrage de Robert Letan, un écrivain français, bien marocain.
En effet, cet octogénaire, devenu Casablancais depuis ce jour de février 1941, où les évènements de la deuxième guerre mondiale l’y projetèrent comme soldat.
« Heureux, qui comme Ulysse… » est un roman autobiographique, écrit à la troisième personne, « ce qui me permet quelques oublis », précise-t-il. L’ouvrage est auto-édité par Robert Letan. C’est d’ailleurs, l’une de ses diverses originalités. Il écrit, il met en pages et imprime, lui-même, tous ses livres. Quelques grandes librairies marocaines assurent la diffusion de ses travaux, et grâce à Internet Robert Letan est connu de l’Italie au Canada.
Beaucoup l’on connu dans sa carrière professionnelle qui, de sociétés minières en grandes entreprises, l’ont conduit à un bureau d’études industrielles qu’il dirigea pendant plus de 30 ans. Peu d’entre eux savent que derrière le brillant technicien se cachait le passionné de préhistoire et d’histoire marocaine.
« Heureux qui comme Ulysse… » est le sixième roman de Robert Letan. Celui-ci a également à son actif deux autres ouvrages archéologiques: « Le Corpus des gravures rupestres de Mrimima » et « Les Représentations rupestres de l’Anti-Atlas et l’industrie du Cuivre à l’âge du bronze ».
Sans oublier plusieurs autres ouvrages d’histoire marocaine, sur la guerre du Rif, les villes de Casablanca, Settat, Azemmour et Mazagan. Letan s’est également intéressé à l’histoire algérienne, puisqu’il a écrit « Les Temps du mépris », qui traite de la révolte des Aurès en 1916. Dans son dernier roman, Letan retrace la période de sa vie s’étalant de 1922 à 1941. La suite est pour bientôt, car la première partie s’arrête juste avant son départ pour le Maroc.
Polar : «Bâton Rouge», Patricia Cornwell
Kay Scarpetta a rendez-vous avec son destin à Baton Rouge, la ville des États-Unis qui compte le plus grand nombre de crimes par habitant et véritable plaque tournante de tous les trafic. On retrouve avec plaisir Kay Scarpetta, et on lit le livre le plus vite possible pour connaître la fin… Mais il faut avoir lu les précédents pour en savourer pleinement le rebondissement essentiel. Un reproche : trop court, on reste sur sa fin et on veut connaître la suite sans attendre !

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