Les livres de la semaine

« Maroc : Régions, pays, territoires », le Royaume dans toutes ses dimensions
D’une richesse extrême, cet ouvrage n’est autre que l’aboutissement d’une démarche trilogique. Tout d’abord, il renvoie à l’acquittement d’une dette de l’auteur envers le Maroc. En effet, Jean-François Troin, sous la direction duquel le livre a vu le jour, après bien des nuits blanches, est, avant tout, épris du Maroc. Arrivé au pays comme enseignant en 1958, il y restera jusqu’en 1972. Il fut toutefois contaminé par le syndrome du terroir et dû y retourner chaque année. Notamment que c’est au Maroc qu’il apprit son métier de géographe. C’est toujours au Maroc, à travers tournées, lectures, entretiens, échanges avec étudiants et chercheurs et, surtout, par le biais des rencontres avec d’innombrables amis qu’il acquit un savoir tout à fait original. Jean-François Troin se rendit à l’évidence, en guise de renvoi d’ascenseur, de rendre au Maroc une image de lui-même, à travers une réfraction de quarante ans de recherche. La deuxième raison, comme le souligne l’auteur, fait référence à un travail collectif reposant sur l’amitié et la compétence. En l’espace de plusieurs décennies, on a pu tisser bien des liens. En troisième lieu, intervient la valorisation de nombreuses recherches signées de géographes principalement marocains, secondairement européens et qui, mine de rien, auraient pu rester dans l’intimité la plus totale. Il s’agit là d’une multitude de soutenances, étalées sur près d’une trentaine d’années, et qui faisaient le seul bonheur des bibliothèques universitaires françaises. Le jeu en valait bien la chandelle et Jean-François Troin, passionné de son état, décida de rendre utile son expérience marocaine. Professeur universitaire émérite de l’Université de Tours, notre ami prit son bâton de pélerin et dirigea, par amour, ce travail qui s’avéra finalement comme une tâche rudement coriace, en compagnie d’éminents géographes marocains. L’on citera Mohamed Berriane et Abdellah Laouina, professeurs à l’Université Mohammed V de Rabat, Abdelkader Guitouni, professeur à l’Université d’Oujda, Abdelkader Kaioua, professeur à l’Université Hassan II de Casablanca. À cette équipe d’auteurs qui collaborent depuis trente ans, se sont joints Mohamed Naciri, professeur émérite à l’Institut National Agronomique et Vétérinaire de Rabat, ainsi que la fille du maestro, Florence Troin en l’occurrence, ingénieur au CNRS. « Le Maroc est un vaste pays assemblant, de la Méditerranée à l’Atlantique, de l’Atlas au Sahara, des espaces variés. Mais au-delà des paysages et des ambiances, il peut être décomposé en une série de régions historiques, officielles ou économiques, en pays à forte identité, en territoires que contrôle une riche armature de villes. Comprendre ces articulations, ces bassins de vie, ces espaces de fonctionnement, les comparer aux zones administratives ou aux découpages classiques de la géographie, tel est l’objet de ce livre ».
«Fleuve entre des funérailles», déferlante poésie
« Fleuve entre des funérailles » est un recueil de poèmes savamment élaborés par Mohammed Bennis, puis traduit de l’arabe par Mostafa Nissabouri. Fleuves, cascades, pierraille, rochers, montagnes, vents et nuages… bref, les paysages qui s’offrent aux lecteurs, ainsi que les images qui se profilent à l’horizon de chaque vers se font l’écho de dame nature, dans tous ses états, dans toutes ses dimensions. « Avec le fleuve cet automne cette pierraille et ces faibles nuages. J’ai consacré toute une matinée dans la morosité d’un arrière-goût de perte à scruter une immensité déferlant depuis les rochers Des légions d’air ont accouru Des foyers de sommeil successifs s’accumulèrent à mon genou Bruissement de feuilles. Ton calme est le premier à m’avoir enseigné comment en toi s’apaisent les tempêtes Voici un semblant de brouhaha au passage furtif Des variétés de pierre à chaux parsemées au milieu des végétaux La ronde des oiseaux autour d’une chose qui tient de l’obscurité Le nuage qui modifie sa position Une langue que j’ai failli entendre balbutier La transparence qui s’éloigne ». Natif de Fès en 1948, Mohammed Bennis est l’une des figures les plus importantes de la poésie arabe contemporaine. Il est membre fondateur et président de la Maison de la Poésie au Maroc depuis 1996 et membre de l’Académie mondiale de poésie. Auteur de plusieurs titres (poésie, prose, essais et traductions), il s’est vu décerner le grand prix marocain du livre en 1993 pour son ouvrage Le Don du vide. « Fleuve entre des funérailles » a, par ailleurs, reçu le Prix Grand atlas de l’Ambassade de France au Maroc.
« Une poignée de cendres »
Evelyn Waugh (1903-1966) aurait eu cent ans cette année, et les éditeurs français s’en donnent à coeur joie pour remettre à l’honneur l’oeuvre abondante et géniale de cet iconoclaste, catholique acerbe, réactionnaire provocateur, grand voyageur et doté d’une plume drolatique et cruelle. Si Evelyn Waugh n’est pas assez connu en France, il demeure un auteur culte en Angleterre, notamment avec l’énorme succès de Brideshead Revisited (1945) qui fut adaptée en série pour la télévision anglaise en 1981 et dans laquelle débuta un certain Jeremy Irons. Graham Green reconnaissait en Waugh le plus grand écrivain anglais de l’entre-deux guerres. Et même si «Une poignée de cendres» a été écrit en 1934 – à l’instar d’autres romans de Waugh, il fut adapté au cinéma en 1987, avec Kristin Scott-Thomas –, même s’il met en scène des aristocrates anglais, on ne se sent jamais exilé dans une époque et un milieu qui ne seraient pas les nôtres. Car Waugh fait preuve d’une pensée extraordinairement moderne, voire post-moderne avant l’heure. Une poignée de cendres agit comme un cocktail sucré au début, enivrant au bout de quelques heures, et qui finit par terrasser par surprise. On rentre en effet facilement et rapidement dans l’intimité de Brenda et Tony, aristocrates anglais du début du siècle, qui entretiennent avec difficulté leur château situé dans la campagne, à une heure de Londres. Malgré son fils John, Brenda s’ennuie et va s’emparer d’une rencontre avec un individu, Beaver, qui n’est pas de son rang et que son mari a invité à venir passer un week-end à la campagne, pour la transformer en aventure qui lui permettra de passer le plus clair de son temps à Londres.
« Des vacances au bled », le choc des civilisations
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la lecture pour enfants suscite de plus en plus d’intérêt. L’approche avec laquelle on aborde ce volet, désormais incontournable, prend de plus en plus en dimension. Évolution de l’espèce humaine oblige, les appétits des uns et des autres sont, également, en évolution constante. Une dimension que Véronique Abt semble avoir appréhendé à sa juste valeur. En effet, son dernier ouvrage dédié à l’enfant met en évidence que « l’entreprise » infantile n’est plus ce qu’elle était. Ainsi, «Des vacances au bled» est le genre de labeur qui dénote d’une certaine prise de conscience, quant à la qualité qui doit être de mise, dans les livres destinés à un public en pleine découverte des choses de la vie. Dès le premier contact, à travers la levée du voile sur la couverture de ce livre éducatif, l’on ressent qu’on est sur le point de pénétrer un domaine où tout a été fait avec minutie, où rien n’a été laissé au hasard. Une fois la page de couverture ait épuisé son effet, le bambin, tout excité par la présence impromptue de son nouveau compagnon, aura la surprise de pouvoir marquer ce dernier de ses informations personnelles. Une tâche qui lui assurera une mainmise, ô combien cruciale dans le concept de l’appartenance qui caractérise cet âge tendre. Véronique Abt entraînera par la suite sa jeune recrue dans une aventure ayant suscité bien des controverses : le choc entre le moderne et le traditionnel. L’intérêt est d’autant amplifié que l’histoire fait référence à l’exemple marocain. Lorsque le tout est coiffé par des dessins qui n’ont rien à envier aux célèbres toiles immortalisant les paysages purement typiques, la méticulosité aura atteint son zénith. « Driss, le cousin de Zahra, vit en France dans une famille d’immigrés. Ses parents l’envoient, pour la première fois, passer ses vacances au bled, au Maroc. Mais le choc est grand ! Il découvre une vie simple où la modernité n’a pas encore sa place. Appréciera-t-il ses vacances dans cet endroit si naturel ? » En d’autres termes, qui l’emportera sur l’autre ? Le CD-man ou la troupe folklorique locale…?

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *