Les logos des partis : Effondrant !

Il est 13h 53. Ce n’est ni votre montre, ni l’horloge de la grande place qui l’affiche. C’est tout simplement le logo d’une formation politique qui a choisi un réveil, indiquant cette heure-là… Si ce n’est pas midi à quatorze heures, c’est tout comme l’histoire des logos de nos partis politiques. «Informes, primaires, grossiers, rudimentaires, frustes, et pour tout dire, effondrant !» C’est ainsi que réagit un peintre au spectacle des logos que les partis politiques vont afficher lors du scrutin de septembre. Il n’est d’ailleurs pas le seul à être accablé par la très étonnante naïveté des symboles qui ont été choisis pour représenter les formations politiques de notre pays. Du point de vue du signifié, l’arbitraire et l’aléatoire sont les seuls de mise.
Quant au signifiant, il n’y a pas trace d’un souci de graphisme ou d’art. Pourtant, tout logo obéit à des exigences universelles. Un logo est un symbole formé d’un ensemble de signes graphiques censés constituer une synthèse de l’identité du parti et des principes dont il se réclame. Or, rien de tel dans les logos de nos partis. Que peut bien vouloir dire le dromadaire assis du parti du Choura et de l’Istiqlal ?
En quoi est-ce qu’il est représentatif de l’esprit de ce parti ? Et pourquoi un dromadaire assis et non pas debout? À cet égard, les partis ont puisé largement leurs symboles dans le monde des bêtes. Il existe un vrai bestiaire de la politique marocaine. Et ce n’est pas le cheval du parti de l’Union Constitutionnelle qui le démentira. Un drôle de cheval, une créature hybride qui tient à la fois du poney et du mulet. Les mauvaises langues diront que cet animal, dont les pattes n’esquissent aucun mouvement, fait du surplace. Image préjudiciable pour le parti, dans la mesure où elle est statique. On peut imaginer qu’un cheval galopant ou se lançant dans une chevauchée décidée, crinière au vent, aurait donné une image dynamique du parti. Toujours à propos du bestiaire des logos de nos partis politiques, le lion du parti marocain libéral prête à de fâcheuses équivoques. Toutes les personnes le reconnaissent sans peine. Et pour cause, c’est celui-là même qui orne depuis des années une boîte d’allumettes. Les mauvaises langues, nombreuses chez nous, diront que c’est un parti incendiaire. Les formations qui se sont démarquées en puisant leurs symboles loin du monde des bêtes n’ont guère été mieux inspirées. La plus étonnante est assurément celle qui a choisi une voiture jaune comme effigie. Ce gadget, du genre de ceux que les adultes offrent aux enfants, en quoi peut-il être représentatif des principes d’un parti ? Du moment qu’il s’agit seulement de jouer, pourquoi pas un camion, un avion, une moto, un panda ou un char ? L’autre logo, très surprenant, est celui du parti des Alliances des Libertés. C’est une pendule ressemblant à celle dont se servait Yéyé, un personnage d’une B.D. intitulée « Zembla ». Elle indique 2 heures moins 7 minutes. Bien malin celui qui déchiffrera la symbolique de ces chiffres… Les autres logos ne sont guère plus significatifs. Et lorsqu’ils ont du sens, il est emprunté à des sentiers battus. La balance du parti de l’Istiqlal est un symbole universel de la justice. Il est lourd à porter et engage la formation qui s’en prévaut dans une voie de laquelle il est très difficile de ne pas dévier.
Quant au graphisme de ces logos, il atteste tout simplement le degré zéro de l’art. À l’exception des lignes de la rose de l’USFP et, à un moindre degré, celles de la colombe du RNI, il n’y a rien, absolument rien, qui témoigne d’une toute petite présence de l’art. Pourtant, cela est du ressort des peintres et des designers dans les boîtes de communication. C’est aux artistes sympathisant avec les idées du parti d’introduire un peu d’art dans ses symboles. Cela s’est tellement vu qu’il en constitue une règle.
Le peintre Joan Miro, par exemple, a dessiné le logo des Républicains catalans qui luttaient contre le général Franco. Il a également dessiné plusieurs affiches anti-franquistes… On peut s’interroger sur les raisons qui ont présidé aux choix de logos aussi élémentaires. Le souci de ratisser très large parmi la population ne peut en aucun justifier la présence de symboles exempts du moindre souci d’esthétique. Car, c’est bien de cela qu’il s’agit. «Le parti d’yal tomobile», «le parti d’nakhla», «le parti d’jmel», celui de «l’flouqa» ou encore de «l’hlal». Les électeurs sont-ils des abrutis ? Il faut le penser pour leur donner des signes aussi élémentaires, et l’image la plus simple pour qu’ils ne l’oublient pas. En agissant de la sorte, les partis insultent l’intelligence et le goût des Marocains. Ils montrent aussi le très peu de cas qu’ils font de l’art.

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