Les Marocains désertent le cinéma

On savait que la fréquentation des salles de cinéma avait connu une baisse sans précédent durant ces dernières années, mais les chiffres communiqués par le Centre Cinématographique Marocain sont littéralement effrayants. Il ne s’agit pas d’un tassement de la fréquentation, mais d’une véritable désertion.
Moins de huit millions de spectateurs (7 865 186) ont pris le chemin des salles de janvier à octobre 2002. Il faut se rendre compte de ce que cela représente. Pas moins de 40 millions de Marocains achetaient un ticket pour voir un film durant les années 80. Il y a donc un recul de 75% dans le taux de la fréquentation par rapport à ces années-là. Les chiffres communiqués par le CCM concernent 147 salles du Royaume.
Ce nombre s’est réduit à 145 au mois de juin et a baissé à 144 durant les mois de juillet, août, septembre et octobre. Ce qui signifie que le nombre de salles se réduit au fur et à mesure que leur taux de fréquentation s’effondre. Et l’on verra que la baisse est palpable d’un mois à l’autre. Les salles ont ainsi dépassé le million de spectateurs durant le seul mois de mars 2002. Les recettes brutes déclarées par les 147 salles durant ce mois s’élèvent à 13 088 301 DH.
Les mois d’avril, mai et juin ont enregistré un peu plus de 800 000 entrées dans les salles. Au mois de juillet, seulement 658 024 spectateurs ont pris le chemin des salles. Les mois d’août et de septembre enregistrent une petite augmentation avec une fréquentation avoisinant les 700 000 entrées. Mais le recul est catastrophique durant le mois d’octobre où seulement 342 839 Marocains ont payé un ticket pour voir un film. Les recettes de ce mois sont aussi maigres que le nombre de spectateurs : à peine 3 530 224 DH. La double billetterie, en d’autres termes le fait de vendre deux fois un billet, pratiquée par certains propriétaires de salles ne peut justifier à elle seule ce recul. Et même si cette baisse ne concerne pas de la même façon tous les cinémas du Royaume, il n’en demeure pas moins qu’elle est significative du fait que le 7ème art a perdu beaucoup de sa magie auprès des Marocains.
Certes, ces derniers peuvent facilement se procurer toutes les dernières sorties aux “puces” de Derb Ghalef et autres, mais cela n’explique pas entièrement une pareille hémorragie. Parce que si les choses continuent de la sorte, il ne faut pas s’étonner de voir ce chiffre se rétrécir encore plus cette année, et il ne faut pas s’étonner non plus de voir que les seuls Marocains cinéphiles sont les aficionados du cinéma indien. Heureusement qu’il existe quelques exceptions comme « Gangs of New York », le dernier film de Martin Scorsese. Les salles qui le projettent ne vont pas toutefois vivoter en attendant le prochain Scorsese.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *