Les peintres arabes exposés à Casablanca

«Il n’y a pas de peinture marocaine, mais des peintres marocains». Transposée au monde arabe, cette assertion du peintre Fouad Bellamine acquiert une densité particulière. «Il n’y a pas de peinture arabe, mais des peintres appartenant au monde arabe».
C’est l’impression qui s’impose en regardant les oeuvres de la collection de la Fondation saoudienne privée Kinda exposée dans l’espace Actua de la BCM. Il n’existe pas de peinture arabe, en ceci que rien, absolument rien, ne montre une quelconque arabité dans cette collection. Les formes qui ont fait la réputation de l’art islamique comme l’architecture, l’arabesque ou la calligraphie ne se reconnaissent pas dans cette peinture.
Ce n’est pas d’ailleurs un reproche, mais un constat qui montre jusqu’à quel point la peinture arabe est plus affaire d’individus plutôt que de tradition ou de liens unissant les membres d’un groupe. Si on mêle les artistes exposés dans l’espace Actua à ceux d’ailleurs, il sera très difficile de les distinguer comme étant des Arabes. Ils puisent largement la source de leur art dans les tendances artistiques de la peinture occidentale de l’entre-deux-guerres. Il est dans ce sens vain de chercher dans cette collection les signes distinctifs de l’identité de la peinture arabe. Il n’en existe pas. Par ailleurs, une passion et une assiduité dans la recherche et l’accumulation se ressentent dans la collection de la fondation Kinda. C’est d’abord de peinture qu’il s’agit, mais pas toute la peinture.
L’abstraction lyrique prédomine de loin dans cette exposition. L’abstraction géométrique n’est pas représentée. À cet égard, des peintres importants comme le Marocain Melehi ou le Palestinien Boullatta sont absents de cette exposition. Et même les peintres qui sont semi-figuratifs, comme Mohamed Kacimi, le collectionneur s’est arrangé pour leur acheter des tableaux où l’on voit le moins d’éléments du monde extérieur. L’oeuvre de Kacimi, datant de 1982, est franchement non figurative. Eu égard à l’importance de la peinture marocaine dans le monde arabe, l’on peut dire qu’elle n’a pas la place qu’elle mérite dans cette collection. Quatre peintres, Cherkaoui, Bellamine, Kacimi et Binebine sont présents. Mais il y a des absents de marque. En ce qui concerne les oeuvres exposées, le visiteur sera intéressé par la lumière qui se dégage d’un tableau de Bellamine (1999) faisant partie de la série des marabouts. Juste une précision sur la façon dont procède Bellamine pour obtenir cette lumière.
Il expose au soleil les premières couches de peinture, et attend les variations de tons que les rayons leur font subir. Les yeux du peintre qui contrôle l’effet du soleil sur la peinture brûlent littéralement en même temps que la toile… Deux autres tableaux méritent notre attention. Le premier appartient au peintre iraquien Dia Azzawi. C’est un tableau si personnel qu’il est difficile de l’affilier à une quelconque école artistique. L’autre tableau intéressant est l’oeuvre du Palestinien Tayseer Barakat.
Ce peintre est intéressant en ceci qu’il intègre la technique du collage et du papier collé à un support où l’on n’est pas habitué de les voir : le bois. En définitive, l’on peut dire qu’un trouble va s’emparer du visiteur au spectacle de tableaux peints par plusieurs peintres arabes. Cette peinture reste pour une très large part dépendante des tendances artistiques occidentales.

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