Les sites préhistoriques de Casablanca menacés

C’est un désastre. On savait que la situation des sites préhistoriques à Casablanca était préoccupante, mais on ignorait l’étendue des dégâts. Une récente étude de l’Agence Urbaine de la Ville tire la sonnette d’alarme.
Les auteurs de cette étude n’ont pas fait dans la langue de bois. «Suite aux visites effectuées aux cinq sites préhistoriques de la ville, il a été constaté l’état de dégradation avancé, les dangers qu’ils encourent ainsi que le désintérêt dont ils font l’objet», indique cette étude. Elle ajoute que leur protection s’impose de façon « urgente ». Les cinq sites en question sont éparpillés dans plusieurs endroits de la Wilaya du Grand Casablanca. Il s’agit du site d’Ahl Loughlam, le site de Sidi Abderhmane, le site d’Ouled Hmida I, Le site de Thomas et le site d’Ouled Hmida II. Le site de Ahl Loughlam, vieux de 2,5 millions d’années, est le plus menacé. L’étude indique qu’il est actuellement occupé par une usine à chaux.
Quant aux lieux des fouilles, ils sont utilisés aujourd’hui comme dépotoir. Ce site se trouve à Sidi Barnoussi. Le site d’Ouled Hmida I (Hay Hassani), vieux de 400.000 ans, est livré à l’abandon. Il sert de décharge aux déblais de bâtiments. Le site Ouled Hmida II (Hay Hassani), vieux de 100.000 ans, n’est guère mieux loti. Il est menacé tout simplement de disparition sous de nouvelles fondations : les promoteurs immobiliers se soucient peu du paléolithique.
En ce qui concerne le site de Sidi Abderrahmane (Anfa), datant de 500.000 ans, il est entouré d’un bidonville et n’échappe pas aux méfaits d’habitations insalubres. Le déversement des déchets ménagers et des eaux usées le menace sérieusement. Le seul site qui «n’est pas menacé», nous confie l’archéologue Abdeljalil Bouzouggar, est celui de Thomas (Hay Hassani), vieux de 700 000 ans. Il est protégé grâce à une convention signée entre le ministère de la Culture et de la Communication et le propriétaire du terrain. «La zone des fouilles est intacte», ajoute l’archéologue. Voilà pour le constat. En ce qui concerne les raisons qui ont conduit ces sites à cet état de dégradation, elles sont nombreuses.
D’abord, hormis Sidi Abderhmane, ils ne sont pas classés. Il y a également les négligences des hommes, de ceux-là mêmes qui effectuent des fouilles. Dans notre pays, une fois les fouilles terminées, les archéologues ramassent leur matériel, extraient ce qui les intéresse, et s’en vont ailleurs. Il n’y a pas de vision à long terme. Combien d’entre nous n’ont pas été surpris de voir des carrières mondialement connues- sans enceinte de protection, ni gardien ? Théoriquement, le ministère de la Culture et de la Communication est chargé de la protection des sites préhistoriques. Mais dans la pratique, il lui est impossible, en raison de ses petits moyens, d’assurer seul leur protection. «Les sites sont exposés, mais on n’a pas les moyens de mettre un gardien partout !», s’exclame l’archéologue Abdeslam Mikdad. Cette protection est l’affaire de tous : des pouvoirs publics, de la société civile et des opérateurs économiques.
L’autre problème de ces sites, c’est qu’ils sont intégrés dans une zone urbaine. L’urbanisation les menace. Par ailleurs, si la situation est plus catastrophique à Casablanca qu’ailleurs, d’autres sites préhistoriques au Maroc sont menacés d’être ensevelis soit sous de nouvelles constructions, soit sous des amas d’ordures. À Rabat par exemple, le site de Dar Soultane est réputé sur le plan international. Sa renommée n’a pas pourtant empêché les gens de le transformer en dépotoir. Ils jettent des ordures sur des vestiges remontant à plus de 80 000 ans et s’étendant jusqu’à la civilisation romaine. Le tout sans que personne ne s’en émeut !

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