Les SMS prennent de l’avant sur les lettres classiques

Les SMS prennent de l’avant sur les lettres classiques

Exit les lettres sentimentales écrites jadis avec tant d’application et d’affection, exit aussi les correspondances pour échanger les idées. Place aujourd’hui aux SMS avec leur lot affligeant de messages sans âme aussi ridicules que vulgaires. Un véritable gâchis épistolaire. Autrefois, le facteur avait une présence et une existence toutes particulières dans la vie des gens et du quartier. A chacune de ses tournées, les portes s’ouvraient, les sourires s’affichaient et les cœurs bondissaient d’émotion. Un accueil des plus chaleureux qui témoigne du rapport affectif qui liait en ces temps-là le facteur aux gens des quartiers qu’il desservait.
Ba Lahcen, comme se plaisaient à l’appeler affectueusement les gens de quartier, le constate aujourd’hui avec amertume.
«Je ressentais autrefois en effectuant mes tournées une immense joie en distribuant mon courrier, sûr que je suis que la lettre fera énormément de plaisir à son destinataire, lequel, en saisissant d’une main tremblante, me gratifie d’emblée d’un grand merci et d’un large sourire qui en dit long sur sa languissante attente et le plaisir qu’il ressentira en lisant et relisant parfois plusieurs fois cette lettre si chère qui entretient les liens d’amitié et la flamme de l’amour.
Aujourd’hui, ce contact si chaleureux, ce regard empli de tant de reconnaissance et ce sourire si large ne sont que des souvenirs pour moi. Ma tâche, certes toujours utile, se résume en ces temps-ci de téléphonie mobile et d’Internet, à distribuer du courrier administratif, bancaire et éventuellement des journaux pour les abonnés», dit, visiblement dépité, ce postier qui exerce depuis 25 ans le métier et semble attendre avec impatience sa retraite pour se consacrer corps et âme à une passion longtemps étouffée, l’écriture.
Un dépit que tous les passionnés de la plume et de la correspondance ressentent aujourd’hui devant la quasi disparition de l’habitude d’écrire des lettres. Et pas seulement des lettres sentimentales car dans ce recours excessif et exclusif aux moyens de communication par SMS ou encore par courriels, il est à déplorer aussi la disparition de l’échange des cartes de vœux à l’occasion du nouvel an et autres fêtes.
Il n’est plus question désormais de prendre la peine d’aller chercher et choisir une carte de vœux, écrire quelques lignes et faire quelques pas ensuite pour la poster. On se contente d’un SMS aussi lapidaire qu’impersonnel pour ce faire. Dans cet acte, le voeu est certes rapide à transmettre mais il perd en conséquence toute la charge sentimentale, l’originalité et la magie d’une carte de voeux qui exprime tant de sentiments et suggère tant de pensées.
Aujourd’hui, le SMS est utilisé partout et pour tout, dans l’échange des «Bonjours» et autres petites nouvelles comme d’ailleurs dans la participation aux émissions de télévision et certains concours lancés par des opérateurs qui, en contrepartie de l’appât de gagner une voiture ou autres lots, se servent du SMS pour faire des rentrées conséquentes au vu du coût excessif de l’envoi du fameux SMS, pas moins de dix dirhams. Dorénavant et sûrement pour toujours, les correspondances ne seront plus que de lointaines souvenances, des reliques d’un passé où ses écrits épistolaires étaient pourtant un genre littéraire majeur. Et sur ce registre, l’Histoire est riche d’un répertoire immense de correspondances célèbres.
Comme l’exemple de cet échange de lettres remarquables tant par leur qualité que par leur quantité (des milliers) entre Balzac et une femme qui, sous le pseudonyme "l’étrangère", lui adresse en 1832 une lettre par l’entremise de son éditeur. Commence alors une liaison épistolaire qui ne finira qu’en 1850 par un mariage, quelques mois avant la mort de l’auteur de la Comédie Humaine, ce «galérien de plume et d’encre» comme il se définissait lui-même qui consacrait jusqu’à seize heures par jour de son temps à l’écriture. Une disposition rarissime aujourd’hui dans ce monde qui va de plus en plus vite où le temps d’écrire est devenu un luxe et où les nouveaux outils de la communication moderne, notamment la téléphonie mobile et Internet, ont bouleversé les échanges et les habitudes, relégant pratiquement aux oubliettes l’usage de l’écriture pour entretenir une relation épistolaire avec quelqu’un.
Sauf – lueur d’espoir peut-être – pour ceux qui résistent encore et toujours à la séduction des NTIC comme le cas de la romancière britannique fraîchement lauréate du prix Nobel de littérature, Doris Lessing qui, ne possédant pas un portable et absente de chez elle au moment de l’annonce de l’attribution du prix, n’a eu connaissance de son sacre que par l’intermédiaire des journalistes réunis devant son domicile londonien.

Rachid Samir (MAP)

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