L’Europe nous est difficile d’accès

L’Europe nous est difficile d’accès

ALM : Sachant que l’Espagne est un pays plus connu pour son flamenco que pour son jazz, quelle place occupe donc le jazz en Espagne ?
Perico Sambeat : Le Jazz devient de plus en plus populaire en Espagne. Il est vrai que pendant des années, le jazz espagnol a évolué en dehors des circuits européens, pendant la période du franquisme et post-franquisme, qui a constitué un point de rupture de l’évolution du jazz espagnol par rapport à la scène européenne.
Cette situation a participé à isoler davantage les musiciens espagnols qui se sont vus éloignés des scènes européennes comme Paris, Berlin ou Londres auxquelles les autres artistes européens avaient accès. L’Espagne n’en commence pas moins actuellement à être inclue dans le circuit européen, pour la simple raison que des villes, comme Barcelone, ont tendance à devenir de plus en plus cosmopolites.
A cela s’ajoute la création de plus en plus de festivals, aussi bien en Espagne que dans le reste de l’Europe, qui ont permis de démocratiser l’accès à la scène jazz européenne, et l’émergence d’artistes et musiciens espagnols d’une très grande qualité.
Quelle est la philosophie des rencontres musicales entrant dans le cadre du Festival jazz aux Oudayas et auxquelles vous avez participé avec le Marocain Rachid El Guerrab ?
Cela m’enchante de participer à ce genre de rencontres. Personnellement, j’aime beaucoup la musique marocaine. Une musique ouverte et qui permet ce genre d’expériences. C’est aussi une façon d’entrer en dialogue non seulement avec la musique marocaine, mais avec tout ce que cette musique représente comme expression d’une culture et d’un état d’esprit. C’est une expérience positive.
Cette expérience n’en pose pas moins la problématique des fusions entre plusieurs styles musicaux, au risque de voir disparaître le jazz en tant que forme à part entière d’expression musicale ?
Je pense que le terme même de fusion est vague. Personne ne sait dans quelle mesure une musique peut fusionner avec une autre. Je crois en la musique et en l’esprit de la musique. Personnellement, il y a des musiques qui m’atteignent, me touchent au plus haut point, me comblent et puis d’autres qui me laissent de marbre. Il en va de même pour les fusions. Mais je ne partage pas Pour autant cette vision rétrograde du jazz, défendue bec et angles par des puritains du jazz et qui s’opposent à une quelconque ouverture sur d’autres musiques. En fait, cela importe peu que le jazz tel qu’il a été joué soit amené à disparaître pour donner lieu à d’autres formes d’improvisation, qui seraient plus riches et plus d’actualité. La bonne musique est celle qui sait rester en vie.
Dans tous les cas, je crois que l’esprit du jazz, et depuis sa naissance, a été un esprit de quête, d’inquiétude et de fusion des sentiments avec d’autres musiques. Il n’y a qu’à voir des expériences comme celle du grand jazzman américain Charlie Parker en 1945 qui a enregistré avec le chanteur d’origine cubaine Machito. La fusion est une richesse supplémentaire qui s’ajoute à cet art, mais qu’il faut bien exécuter. Ce qu’on écoute ces derniers temps comme fusions est entaché dans une plus grande partie par le souci de vendre. Un produit comme un autre qui n’atteint pas les coeurs.
Vous mélangez souvent entre musique flamenco et rythmes jazz. Serait-ce une tentative d’avoir plus d’accès en dehors de l’Espagne ?
Il est vrai que je ne sors pas beaucoup de l’Espagne. J’aimerais pouvoir jouer plus ailleurs, dans des pays comme la France qui sont difficiles d’accès. Il est vrai aussi que le flamenco s’exporte mieux que le jazz espagnol. A chaque fois que je propose de jouer en Allemagne ou en Grande-Bretagne, je propose un répertoire où je mixe les deux musiques. Mais de manière qui me paraît enrichissante. Une façon de faire des concessions au monde du marketing, tout en obéissant à mes propres désirs et en jouant comme j’aime le faire.

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