L’évolution de la migration clandestine en littérature africaine

L’évolution de la migration clandestine en littérature africaine

Témoignages en marge du 25ème Salon international de l’édition et du livre (SIEL)

Si certains auteurs marocains ont largement traité de la migration dans sa dimension clandestine, d’autres Africains ne sont pas nombreux à abonder dans le sens de la même tendance. Les œuvres littéraires africaines croisées ne laissent pas voir ce traitement. Le tour du 25ème Salon international de l’édition et du livre (SIEL), qui se poursuit jusqu’au 17 février à Casablanca, confirme ce constat également entériné par des auteurs et éditeurs rencontrés sur place.

Une inexistence confirmée dans le stand africain

Pour recouper la véracité de ce constat, le stand africain, dans le salon, est d’un apport important. L’éditeur ivoirien, Jean Jacques Kobenan, rencontré dans ce pavillon est clair sur la question. «Il n’existe pas vraiment d’auteurs africains qui ont abordé la migration clandestine», précise-t-il. Un autre Sénégalais nous apprend qu’il fera «des recherches» à ce propos. De son côté, l’éditeur et écrivain camerounais, Kum’a Ndumbe III, à la tête des publications AfricAvenir, qui vient de publier «L’Afrique reprend sa place» où il apprend au lecteur que l’homme de Cheddar, un Africain, qui est l’ancêtre des Britanniques et qu’Abraham Hannibal, camerounais, devenu général dans l’armée russe est le grand-père de Pouchkine, répond selon un autre angle.

Une nouvelle vague de poètes africains

Selon cet auteur, de jeunes poètes du continent ont tendance à aborder le phénomène migratoire dans sa dimension actuelle. Par l’occasion, M. Ndumbe III, également universitaire et prince héritier légitime du trône de Lock Priso (Kum’a Mbape), ne manque pas de s’exprimer sur le terme «migrant» pour l’avoir été en Europe tout en racontant son parcours différent. «En 2019, quand on parle de migration africaine, on pense plutôt à ces jeunes aventuriers du désert ou de la Méditerranée. Ce n’est qu’un phénomène très nouveau alors que la migration n’est pas nouvelle en Afrique», estime-t-il. Quant à l’exploitation de ce fléau en écrits, elle est, à son tour, nouvelle. «Ce n’est pas tout le monde qui est écrivain. Petit à petit, il y a une littérature qui est en train de naître autour de la migration qu’il ne faut pas réduire à son nouveau concept», précise-t-il. Dans ce sens, il cite l’exemple du jeune poète camerounais, David Essomé, qui vient de publier, en Espagne, son nouveau recueil «L’enfant clandestin» à propos de son expérience migratoire. Comme le précise l’éditeur, son compatriote a raconté le parcours des hommes qui tombaient dans la mer lors de la traversée. Cela étant, une visite du stand du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) permet de prendre contact avec le jeune poète.

Partage réel d’expériences vécues

David Essomé, également musicien, lui, a publié son recueil de poèmes écrits en rimes et prose, pour donner «l’exemple». «Pour parler aux gens, l’expérience personnelle est le meilleur témoin. Ainsi, le lecteur trouvera que c’est une personne qui a vécu la chose qui raconte». En outre, il voulait satisfaire un sentiment. «J’ai éprouvé la nécessité de défendre les droits des migrants et mettre à nu les injustices que nous subissons au quotidien et parler de la souffrance dans laquelle nous vivons ». Selon ses dires, son œuvre, composée de poèmes écrits en rimes et prose, traite de tous les sujets autour de la migration. Il s’agit de l’amour, du désespoir ainsi que d’espoir. Si David Essomé a pris l’initiative de documenter son parcours migratoire, d’autres ne l’ont pas fait. Rencontré dans le stand du CNDH, Mamadou Bhaye Diallo, coordinateur de la plate-forme des associations et communautés subsahariennes au Maroc, indique: «Ce n’est pas parce que je suis venu clandestinement au Maroc que j’aurai honte de le dire. Peut-être que je ne suis pas disponible pour écrire mon histoire. Cela viendra éventuellement un de ces jours. En tout cas, je raconte mon parcours. Je n’ai pas honte de le dire. Il y a beaucoup qui souhaiteraient écrire leurs histoires mais ils n’ont pas les moyens de le faire».

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