L’extermination de la gauche dans le tiers-monde

L’extermination de la gauche dans le tiers-monde

C’est entre les années quarante et soixante du XX° siècle que se définirent plus exactement les notions de capitalisme et de marxisme alors que les théories étaient dans les livres et les têtes d’un grand nombre d’individus sur la planète. Deux camps s’opposaient, les riches et les pauvres, les égalitaristes et les autres, les nantis et les démunis, et comme un coin entre eux, naquit le tiers-monde, ensemble de pays qui voulaient dire non à l’un comme à l’autre et ne purent pas le faire. Il étaient trop faibles pour équilibrer les deux super puissances en place, les tenants du pur capitalisme et ceux du communisme. Ce qui devait se passer c’est que le capitalisme parvint à se défendre contre le marxisme et le communisme car celui-ci échoua dans ses moyens et ses buts. Il s’écroula en 1989 avec comme symbole puissant la démolition d’un mur entre un pays divisé en deux, l’Allemagne, traversée en sa capitale par le fameux mur de Berlin. Il faut attribuer l’échec du socialisme à une application informe et tératologique de l’esprit même du communisme, le partage entre tous de tout ce que produit l’homme. Or, en fait, cette distribution ne s’est pas faite, pas plus que la justice sociale : il se créa une dictature encore plus féroce que les dictatures des pays capitalistes, il se fabriqua une nomenklatura, élite riche, possédante, gavée de prébendes, passant des vacances dans de luxueuses datchas, ne manquant de rien, ayant à son service des compradores, négociants et intermédiaires de tous genres. Encore plus grave, le mode de relations entre les individus se rigidifia au profit d’une cellule familiale de type petit bourgeois, ne reposant plus sur le socle de la religion, interdisant toute autre forme de relations entre hommes et femmes qui furent ainsi «chosifiées» et inaptes à créer des espaces de liberté psychologique inventés par la psychanalyse. Il y a tout à penser que si le communisme avait intégré la psychanalyse, qui, logiquement, arrivait après les conceptions antérieures de la sexualité, de la famille, des rapports interpersonnels, en les modifiant profondément, la vraie révolution attendue aurait advenu. On voit maintenant comment les mouvements révolutionnaires qui gardent les arcanes précédents des modes de relations psychiques et sociales, les mentalités et les croyances antérieures ratent ce qui n’est plus une « ré – volution » en n’étant à peine qu’une évolution. En ce sens Wilhelm Reich et Alexandra Kollontaï ont apporté des libertés inter-individuelles par leurs écrits et leurs comportements personnels, qui n’ont pas été acceptées par les chefs politiques, dictateurs y compris, dans les modes de vie des peuples. Ces transformations ont par contre opéré en Occident capitaliste, ce qui a fait évoluer grandement les populations de l’Europe de l’Ouest et des Etats-Unis, transformant radicalement ces parties du monde également servies par la démocratie. C’est l’absence de démocratie qui a fait la faillite des systèmes communistes. Or, le tiers-monde était né de/pour tous les laissés-pour-compte de l’histoire récente, les pays colonisés et récemment libérés, les pays pauvres et extrêmement pauvres, les ethnies minoritaires, les peuples en voie de disparition : alors était née l’idée d’un « gauchisme » ou d’une attitude salvatrice pour tous ceux qui, en réalité, ne font que souffrir de leurs différentes infériorités, les Arabes, les Noirs, les Indiens, les « Latinos » comme les appellent les Américains parlant de leurs voisins d’Amérique Latine, les aborigènes, les peuplades d’Amazonie, les Inuits, les Océaniens, et tous les apparentés, tous ces gens formèrent le tiers-monde, au moins dans l’idée et le concept. Seule une gauche «éclairée» «progressiste» «ouverte» etc. pouvait se charger, à l’intérieur comme à l’extérieur, d’aider les Arabes, les femmes, les Juifs, les Noirs, les ouvriers, les émigrés, les prisonniers, les malades physiques et les handicapés, les malades mentaux, les vieillards, les enfants, les pauvres, les jaunes, les Indiens et tous les peuples dits indigènes, les homosexuels(les), les transexuels(les), les hermaphrodites, les délinquants et les toxicomanes, les étudiants «progressistes et contestataires», enfin toute une humanité déclassée et délaissée, démunie et incapable d’exister sur le seul mode de son humanité, celle-ci détruite par une infériorité quasi-congénitale à être dans la pleine possession de son essence même, sa dignité humaine. Les prévisions et projets gauchistes, socialistes, d’ouverture et de progressisme teintant toutes les propositions et affirmations des «socialistes» eurent fort à faire avec toutes les instances conservatrices, autocratiques et accumulatrices de richesses dans un certain pôle de la population mondiale, la plus forte, la plus organisée, celle qui allait défaire les sociétés en place déjà irriguées et construites autour du principe même de la gauche, toutes celles du bloc de l’Est avec ses traités et ses coalitions de défense, le pacte de Varsovie, sociétés allant de l’Europe centrale à l’Europe asiatique et dont les principes gagnèrent peu à peu le monde dépourvu, Afrique, Asie, Amérique… La gauche a donc échoué car elle n’a pas pu mêler le marxisme à l’épanouissement de la personne par un individualisme éclairé, le freudisme. Les premiers penseurs à chercher dans ce domaine ne furent pas compris ou suivis comme Wilhelm Reich ou Alexandra Kollontaï, révolutionnaires dans le domaine de la sexualité qui, vécue différemment, transforme radicalement la famille bourgeoise, la relation des hommes avec les femmes et des adultes avec les enfants. Le marxisme a échoué pour n’avoir pas pu et su privilégier la personne humaine, ce que l’Amérique essaie de faire croire à travers son capitalisme échevelé, qui explose économiquement de l’intérieur, implosion aussi imprévisible qu’inquiétante. La gauche est multiple et entre celle de Houari Boumediene et de Ben Bella, celle de Nasser et celle de Saddam Hussein, ou celle de Lionel Jospin, Jacques Delors, Michel Rocard et Yvette Roudy, Georges Séguy et Abdallah Ibrahim, il y a des étendues impossibles à traverser, entre Ceausescu et Staline, Fidel Castro et Mao Ze Dong , Kim Il Sung et Moammar Kadhafi, inventeur de la «jamahyrriyya» libyenne, la «populocratie». L’arabe employant le mot “joumhouriyya“ pour république, sur sa consonance fut inventée le néologisme “jamahyrriyya, le gouvernement républicain par le peuple“, en quelque sorte. Donc, entre toutes ces gauches, il y a à boire et à manger : le tout est de savoir pourquoi la gauche a été, soit exterminée dans le tiers-monde, soit en recul massif dans le seul bastion où elle aurait pu régner, faire tache d’huile et s’étendre au monde entier : l’Europe !

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