L’hallucination de l’antisémitisme

Il a la parole brillante, de la verve, du rythme. Il exprime sa pensée avec une vivacité sans cesse renouvelée par la haine de l’autre. Rompu à l’analyse textuelle, et bénéficiant d’une longue familiarité avec Roland Barthes, Eric Marty développe un discours serré.
L’auteur du texte qui qualifie Jean Genet d’antisémite est un universitaire très connu pour ses positions hostiles à tout ce qui ne se rallie pas sur le point de vue d’Israël. L’homme vit dans une paranoïa aiguë, et il n’a de cesse de dénoncer une conspiration du silence.
Il voit dans de petits incidents en banlieue une menace qui pèse sur la présence juive en France. Bien plus grave : il établit des analogies injustifiées entre la situation des jeunes maghrébins dans les banlieues et les jeunes nazis. Il écrit dans ce sens dans un article publié dans le quotidien français «L’humanité» : «personne ne semble s’interroger sur la nature de ces actes qu’on minimise en les imputant à quelques “jeunes”, à l’oisiveté et au mal vivre des banlieues, comme si la violence antisémite de l’Allemagne pré-nazie n’avait pas été le fait de “Lumpenprolétariat”, c’est-à-dire de déclassés, de chômeurs, de délinquants, tous jeunes, très jeunes ». C’est excessif, erroné, non situé et injustifiable. Les conditions ne sont pas les mêmes, il n’existe pas de projet de liquidation des Juifs par le gouvernement français comme Hitler en avait un délibérément réfléchi. Et pourtant ce sont ces angoisses-là que Marty déterre pour décrire une situation qui peut être, dans quelques endroits alarmante, mais qui ne présente aucune commune mesure, dans la réalité, avec les propos de l’universitaire.
Eric Marty est également l’auteur d’un long article qui montre clairement qu’il est prisonnier d’un délire de persécution. Il a pratiquement construit près de 14 pages sur un mot. Un mot qu’il a lu dans le quotidien français « Le Monde » et auquel il a fait un sort digne des philologues les plus têtus. Le mot a été “commis” par la journaliste arabe Mouna Naïm. Il serait passé inaperçu aux yeux de n’importe quel lecteur, parce qu’il est emprunté aux Palestiniens. Il est repris entre guillemets, ce qui signifie clairement que ce sont les Palestiniens qui l’emploient.
Avec ce mot, les Palestiniens coiffent ceux d’entre eux qui collaborent avec les Israéliens, ils les nomment « collabos ». Marty y voit un crime monstrueux. À ses yeux, il est clair que pour le lecteur du journal ce mot renvoie à la résistance française et établit un parallèle entre les Nazis et les Israéliens. Bien plus, il renvoie le Juif à son bourreau.
Ce mot est écrit pour « blesser le juif, il s’agit de le rendre fou, il s’agit de dire au juif “tu as un double et ton double c’est celui qui t’a torturé à mort et qui te hante tant que tu l’imites” », écrit Eric Marty. Les positions préalables de cet universitaire sur les Palestiniens discréditent d’emblée ses thèses sur Jean Genet. Son texte sur cet écrivain n’est pas à considérer comme une analyse textuelle, ce n’est pas un écrit qui s’adresse non plus à la corporation des universitaires, c’est un texte qui s’inscrit dans la continuité logique du combat que mène Marty en faveur de ce qu’il appelle « la défense de la cause du peuple juif ». Après Finfielkrault et Bernard-Henri Levy, un troisième écrivain, halluciné, enflammé, jette la suspicion sur tout ce qui n’applaudit pas aux meurtres et aux destructions de maison opérées par les Israéliens.
Le problème – le vrai – de ces intellectuels qui parlent bien de tout, mais se rebiffent dès qu’il est question de la cause palestinienne, c’est qu’ils appréhendent toujours la réalité du point de vue des Israéliens. Les discours qu’ils construisent s’en ressentent. Pourtant, s’ils faisaient l’effort de regarder un peu, rien qu’un peu, sous un angle plus ouvert, ils auraient bien du mal à continuer à revêtir la peau du persécuté, alors que les victimes se comptent par milliers parmi les Palestiniens.

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