L’humour à double tranchant

Aujourd’hui le Maroc : Pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours ?
Hassan Narrais : Après un DEUG en littérature arabe à la Faculté Mohammed V, j’ai rejoint mes parents qui avaient immigré en France en 1984 et je me suis inscrit à l’Université de la Sorbonne où j’ai obtenu ma maîtrise. Suite à cela, j’ai enseigné à l’Institut du Monde Arabe, à Paris, la langue arabe jusqu’en 1999. En parallèle et jusqu’à aujourd’hui, je suis journaliste correspondant du quotidien arabophone «Al Ittihad Al Ichtiraqui». J’écris en culture, en art et sur tout ce qui concerne l’immigration. Depuis octobre 2001, j’enseigne à l’Institut Privée de Journalisme de Casablanca. Pour la petite histoire, j’ai été l’élève de votre rédacteur en chef M. Issiali Aarab du temps où j’étudiais à la Sorbonne.
Comment vous êtes-vous mis à l’écriture ?
J’ai commencé par faire de nombreuses traductions pour le quotidien «Al Ittihad Al Ichtiraqui». Puis j’ai traduit un recueil de poème de Tahar Benjelloun intitulé «Médina». J’ai enchaîné avec la 1ère édition de mon livre «L’image des arabes dans l’humour français», en 1996, publié chez «Afrique Orient». En 1998, j’ai écrit un livre intitulé «Des noms marocains». Il s’agit de la retranscription d’une série d’interviews des grands penseurs, écrivains… marocains. Puis comme le stock de mon 1er livre s’est épuisé, «Afrique Orient» m’a demandé de faire une 2ème édition de «L’image des arabes dans l’humour français». Là c’est fait, elle est sortie cette semaine.
Pourquoi avoir choisi ce thème ?
Quand on regarde la télévision en France ou quand on écoute la radio, (moi je suis féru de cela) on est frappé et provoqué par l’image des Arabes qui y est véhiculée. Une image qui influence beaucoup le public en général, et qui peut être très dangereuse. Quand un humoriste s’empare de cette image dans son spectacle (Djamel, Smaïn, Guy Bedos, Coluche…), c’est plus marquant et plus dangereux qu’un discours politique de Jean-Marie Lepen ou Bruno Maigret. C’est vrai que l’objectif au départ c’est de banaliser mais finalement on se rend compte que c’est à double tranchant, car si on ne lit pas entre les lignes et on prend ces sketches pour argent comptant. Or les thèmes récurrents sont que les Arabes sont indignes de confiance, qu’ils sont voleurs, que ce sont des chômeurs… Mon livre est une sorte de dénonciation.
La solution à cela ?
Il faut que les humoristes cessent de casser du sucre sur le dos des Arabes. Ça finit par sérieusement marquer les esprits et ça devient une étiquette. Il faut prendre l’humour au sérieux.
Quels sont vos projets ?
Sortir un livre sur la femme dans le cinéma marocain entre 1990 et 2000. une grande partie de l’ouvrage sera consacrée aux femmes derrière la caméra. Je travaille aussi sur un 3ème livre sur l’image de l’immigré maghrébin dans l’imaginaire français. Et la version française, de «L’image…», est déjà faite, elle attend juste d’être éditée.

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