L’industrie et l’art

Cela ne date pas d’aujourd’hui. C’est bien connu. L’art et l’industrie font bon ménage. L’un des mouvements artistiques les plus importants du XXe repose sur l’action, le dynamisme et la vitesse des automobiles.
En 1909, le poète italien Marinetti, fondateur du futurisme, a érigé la voiture en symbole de la beauté moderne.
D’autres artistes, soucieux de ne pas séparer leurs oeuvres de leur époque, ont trouvé matière dans les innovations industrielles de leur temps. La manifestation organisée par la marque automobile Audi participe de cet esprit, tout en s’en distinguant par quelques caractéristiques. Cette fois-ci, ce ne sont pas des artistes qui sont venus de leur plein gré pour faire d’un produit industriel l’objet de leurs oeuvres. Mais la marque industrielle qui a les a invités à ériger en oeuvre l’un de ses articles phares. Audi a en effet fait une annonce à laquelle ont répondu 105 photographes. Il s’agit de photographier dans le nouveau show-room de cette maison d’automobile sa toute dernière création : une Audi à la coupe impeccablement dessinée. Dans ce dessein, il a été remis aux photographes un appareil photo numérique, dernier cri, et il leur a été demandé de mitrailler la belle en prenant en compte le thème de l’expo : «Angles et courbes». Aucune restriction préalable n’a été imposée aux personnes souhaitant participer au concours. De telle sorte que des photographes aussi bien professionnels qu’amateurs ont participé à l’événement. Et ils ne sont pas faits prier pour fixer les multiples facettes de l’engin. Chaque détail de la voiture a été minutieusement photographié.
Les phares, les rétroviseurs, les roues, les portes, la ligne courbe du devant, celle rectiligne de l’arrière… On aurait dit un mannequin que quelques fous de la photo essaient de révéler sous son meilleur jour, en le mitraillant de tous les côtés. L’analogie n’est pas d’ailleurs vaine. Personne n’ignore que le phantasme qui confond le rapport des hommes aux belles voitures et aux belles femmes fait les délices des maisons de publicité. La belle ici ne souffre aucune rivale. Les yeux des photographes l’ont montrée face et profil. La voiture a été photographiée dans un espace tellement aseptisé que tout y miroite. Au demeurant, parmi les 105 participants, 36 ont été sélectionnés par le jury.
Leurs photographies ont été accrochées de façon anonyme dans les locaux de la galerie Venise Cadre à Casablanca. Ces photos portaient juste des numéros.
Des bulletins ont été remis au public pour le faire participer à l’élection de la photo gagnante. À l’issue du tri des bulletins, il est apparu que le public et les jurés sont unanimes pour primer la photo de Robert Chavagnac.
Au reste, cette manifestation participe d’une entreprise moderne. La valeur esthétique de certains objets ne réside pas dans leur nouveauté, mais dans l’efficacité qui tient à la découverte récente de leur valeur d’expression. Sans être dupe des fins publicitaires de cette entreprise, il faut reconnaître que le résultat communique une émotion esthétique troublante. Que l’on soit amoureux des automobiles ou non, le monde aseptisé, parfaitement nickel dont des photos nous fixent les milles et uns angles, ne nous laisse pas indifférents. Quelque chose tenant à la fois du moderne et du kitsch accompagne cette manifestation et nous oblige à reconnaître son caractère innovant. Victor Elbaz, Président- Directeur général de la Centrale automobile chérifienne et Eric Dauvergne, Directeur de la marque Audi pour le Maroc, ont promis d’en faire un rendez-vous annuel. Vivement l’édition prochaine !

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