L’invitation au voyage

Didier Squiban est né en 1959 à Ploudalmézeau en Bretagne. Comme tous les autodidactes, il a eu un parcours peu commun. Sa passion de la musique lui vient des heures qu’il a passées dans les églises bretonnes à jouer de l’orgue. C’est à l’intérieur de ces édifices qu’il s’est familiarisé avec les chants religieux bretons. Nombre de ces cantiques ont fait par la suite l’objet d’un traitement libre dans ses compositions pour piano. Il s’est ensuite intéressé à la musique classique, et tout particulièrement aux compositions de J.S. Bach, de Beethoven et de Chopin. À 17 ans, il est entré au conservatoire de musique de Brest. Mais insatisfait de l’enseignement dispensé dans ce conservatoire, il l’a quitté pour rejoindre celui de Paris. Là, il a fait une découverte capitale : la musique du pianiste Bill Evans.
«C’est à mon avis le plus grand pianiste de l’histoire du Jazz» dit-il. Cette rencontre avec le jazz va l’intéresser aux techniques de l’improvisation. Didier Squiban était un pianiste de jazz jusqu’au jour où il a rencontré une autre personne qui a eu une influence décisive sur son parcours de musicien : Yann-Franch Kemener. Ce dernier est un chanteur breton traditionnel.
«C’est lui qui m’a appris toute la culture bretonne orale et les thèmes traditionnels de la musique de Bretagne», précise Didier Squiban. Cette nouvelle rencontre va orienter alors l’intéressé vers des thèmes typiquement bretons, mais qui n’échappent pas à l’influence du jazz et de la musique classique. La synthèse entre ces trois formes musicales est la marque de l’identité des compositions de Didier Squiban. Celui-ci réussit à incorporer sa culture bretonne dans une musique ouverte aussi bien au jazz qu’au classique.
Du point de vue de ses compositions, Didier Squiban part d’un thème, l’apprend par coeur, le triture à sa façon et le propose à son public. Les études d’harmonie et de contrepoint lui servent à construire ses oeuvres d’une façon ordonnée. Lors du concert de mardi dernier, une idée directrice lui a ainsi dicté son programme qui a duré à peu près une heure et demie. Cette idée directrice a trait au thème du voyage. Le pianiste a emmené les spectateurs dans un voyage en Bretagne. Il énonçait d’ailleurs les périples de ce voyage. Ce qui a conditionné d’une certaine façon l’écoute des personnes présentes à la salle.
La musique de ce pianiste est constamment porteuse d’images. Il a d’ailleurs fait plusieurs variations autour d’une danse traditionnelle bretonne, la gavotte. Il a joué sans partition. «L’improvisation c’est la musique écrite dans la tête» dit Didier Squiban qui accompagnait souvent ses compositions en tapant des pieds, ce qui ajoutait de la cadence à ses rythmes endiablés. Les Bretons ont dû se sentir plus concernés que d’autres personnes par cette musique. Pourtant, Didier Squiban est un musicien ouvert aux musiques du monde et particulièrement intéressé par des concerts en commun avec les musiciens des pays qu’il visite.
«Pour moi, la musique est un langage, ça me permet de communiquer avec la culture du pays où je me produis. Je garde des souvenirs inouïs de mes rencontres avec des musiciens asiatiques. J’aurais souhaité que la même chose se produise avec les musiciens marocains». Un voeu que les organisateurs de ce type de concerts devraient prendre en considération à l’avenir. C’est là le vrai sens de l’échange culturel.

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