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La double vie de Vermeer
La double vie de Vermeer est l’incroyable histoire de Han Van Meegeren, peintre traditionaliste né aux Pays-Bas en 1889, qui, éreinté par les critiques de son époque, décide de se venger de manière grandiose : il réalise plusieurs faux Vermeer dont le premier, Le Christ à Emmaüs, sera défini par toute la presse comme "le chef-d’œuvre absolu de Vermeer". S’appuyant sur l’hypothèse selon laquelle le maître hollandais, mort dans la misère en 1675, aurait peint une série de tableaux à sujet religieux, il entreprend de combler cette "lacune" en utilisant une technique et des matériaux qui dupent les meilleurs spécialistes. Ce n’est qu’en 1945 que la supercherie est découverte, quand la police saisit la collection de Goering, et que Van Meegeren est accusé de haute trahison pour avoir vendu un Vermeer à ce maréchal du Reich nazi. Suivra un procès mémorable, qui vit défiler responsables de musée, critiques d’art et experts de renom… Croisant les biographies de Vermeer et de Van Meegeren, mais également celles de Proust et de Goering, Luigi Guarnieri, passionné par la fragilité de certains personnages historiques, nous offre un roman merveilleusement construit, où la minutie ironique de l’écriture évoque celle des artistes flamands. Il nous convie ainsi à une véritable enquête policière, mais aussi à une réflexion jubilatoire sur la relativité des œuvres d’art et des jugements qu’elles suscitent, sur la folie, la passion du beau, et les infinies séductions du mensonge.

Luigi Guarnieri, « La double vie 
de Vermeer », Actes Sud 2006


Les douze Abbés de Challant
Le jeune duc Franchino de Mantoue hérite le fief du marquis de Challant, mais il doit se plier à une clause perfide du testament : l’héritier s’engage, pour le restant de ses jours et sans faillir jusqu’à sa mort, à vivre dans la chasteté, privé de tout commerce féminin. Afin de faire respecter cette promesse, on a appelé des couvents de la vallée douze abbés chargés de veiller assidûment sur la vertu et l’honneur du jeune duc. Et ils sont venus à cheval, et sur des mules, et se sont installés au château avec leurs serviteurs, leurs ornements, leurs missels et autres meubles, les étrangement nommés : Malbrumo, Nevoso, Foscolo, Mistral, Umidio, Santoro, Prudenzio, Leonzio, Celorio, Ildebrando, Torchiato, Ipocondrio. Puis de nouveaux personnages se sont présentés à la lourde porte du château. Après Boccace, c’est à Agatha Christie que l’on pense, car à mesure qu’arrivent ces nouveaux protagonistes, les abbés meurent tour à tour, de façon inexpliquée. Entre roman courtois et roman policier, Les douze abbés de Challant, pétillant récit situé au Moyen Age, nous font entrer, au son de la viole, dans un univers de passion, de vengeance et de mystère dont nous ne sortons pas indemnes.

Laura Mancinelli, « Les douze abbés
de Challant », Buchet-Chastel, 2006


Sans nouvelles de Gurb
Deux extraterrestres débarquent pour une mission d’étude. Le lieu : la terre. Sujet : les hommes. L’auteur de ce journal a la responsabilité de cette mission. Croyant bien faire, il envoie son subalterne Gurb au contact de la zone et de la "faune autochtone", métamorphosé pour l’occasion en une forme qu’il imagine totalement passe-partout : Madonna. Il ne lui faudra pas plus de 20 heures pour qu’il disparaisse et que, sans nouvelles de lui, le narrateur se voit contraint de partir à sa recherche et à la découverte de Barcelone et des habitudes terrestres. Notre héros se retrouve alors à son insu au centre d’aventures pour le moins désopilantes. Mais enfin, de qui parle-t-on ici ? De nous bien sûr ! De notre société, de ses moeurs et de ses coutumes, de son arrogance et de sa lâcheté. De ses bons côtés aussi, de ce qui fait que nous sommes parfois vils ou valeureux. Et si souvent, à la lecture de ce petit livre, un rire salutaire et incontrôlable vous secoue comme un prunier, il s’en faut aussi de peu parfois pour qu’il nous inspire la terreur de nous-mêmes. Car l’humour délirant d’Eduardo Mendoza est ainsi dosé qu’il recèle toujours une part certaine de férocité. Ainsi, par moments, on en viendrait presque à s’écrier : pauvres extraterrestres perdus dans ce monde de fous.

Eduardo Mendoza, «Sans nouvelles
de Gurb », Editions Seuil, 2004

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