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L’école sous influence
Jean Paul Brighelli, «L’école sous influence»,  Editions Grawsewitch, octobre 2006, 276 pages

Une école laïque et républicaine ? De cet objectif ambitieux et raisonnable fixé jadis par les pères fondateurs de l’Instruction publique, il ne reste plus grand-chose. L’école de la ségrégation scolaire, de l’ascenseur social en panne et de la baisse généralisée de niveau n’est plus guère républicaine. Et simultanément la laïcité, minée par une tolérance systématique aux " opinions " les plus extrémistes, s’effrite chaque jour. Jeunes filles jugulées par la loi des "grands frères ", irruption des violences du monde dans l’univers scolaire, communautarismes encouragés par une administration aveugle et des partis complaisants, banalisation, sous prétexte de droit à l’expression, des injures racistes, libre expression des superstitions, depuis les menus des cantines jusqu’au traitement des programmes scolaires, partout le religieux s’invite dans l’école de la République. C’est de ce constat inquiétant que part l’Ecole sous influence. Pourquoi cette dérive, cette conjuration des dévots contre le système scolaire, depuis une quinzaine d’années ? N’y a-t-il pas toujours eu en France une coexistence paisible de croyances antagonistes? Pourquoi musulmans, juifs et chrétiens se côtoyaient-ils sans acrimonie il y a encore trente ans et se déchirent-ils aujourd’hui, en classe comme en récréation ?

Le combat est une fête
Roselyne Bachelot, «Le combat est une fête », Editions Robert Laffont, 2006, 270 pages.

Roselyne Bachelot est un personnage haut en couleur et en intelligence. Elle a l’image d’une bonne vivante, qui n’a pas la langue dans sa poche et un culot d’enfer. Mais la connaît-on vraiment ? Députée à l’Assemblée nationale, puis députée européenne, elle a été ministre de l’Écologie et du Développement durable. Elle est actuellement secrétaire générale adjointe de l’UMP. Dès qu’elle prend la parole ou la plume, on est impressionné par son sérieux, sa connaissance des dossiers, sa culture politique et scientifique. Voilà une femme qui n’a pas eu besoin d’être ministre pendant trente ans pour comprendre que le système avait vieilli. Dans ce livre, elle décrit les maux dont souffre la politique française et propose des remèdes. Elle fait un exposé magistral des problèmes et des solutions qui touchent à l’écologie en France et dans le monde. Ce qui ne l’empêche pas de raconter avec humour ses conversations avec le président de la République, les détails du maquillage de Silvio Berlusconi, ses rapports avec Bernadette Chirac, Dominique Voynet ou Corinne Lepage, etc. Un livre politique d’une rare authenticité.

Raga. Approche du continent invisible
Jean-Marie Gustave Le Clézio, «Raga. Approche du continent invisible » Editions Seuil, 2006, 192 pages

On dit de l’Océanie qu’elle est le continent invisible. Invisible parce que les voyageurs qui s’y sont aventurés la première fois ne l’ont pas aperçue et, parce qu’aujourd’hui elle reste un lieu sans reconnaissance internationale, un passage, un territoire qui a fait rêver bien des explorateurs qui risquèrent leur vie pour l’atteindre et essayer d’en cartographier les contours. Jean Marie Gustave Le Clézio n’avait pas imaginé que le mythe rejoignait la réalité : il découvre l’immensité de l’océan, les myriades d’îles, d’îlots, d’atolls. De ce continent fait de mer plus que de terre, il s’approche, découvrant archipels, valeurs émergées des profondeurs, récifs coralliens. Dans ce récit où le réel et l’imaginaire s’entrelacent, où le poème affleure, J.M.G. Le Clézio nous invite à la découverte de la culture océanienne, au repérage au moyen des étoiles, à la méditation sur l’immensité de la mer, à l’amour des mères qui protègent leurs enfants dans la tempête. Voyage initiatique, approche de la beauté vers l’humanité, ce texte ouvre une réflexion et une critique de la mondialisation qui vient mettre en péril l’harmonie d’une civilisation précieuse mais fragile.

L’accordéon de mon père
Pierre Péan, «L’accordéon de mon père» – Editions Fayard, 2006

Édouard est mort le 14 juillet 1917 au Chemin des Dames. Il venait d’avoir vingt ans. Je ne savais pratiquement rien de lui, sauf qu’il était le frère de mon père. Un impérieux et mystérieux désir m’a décidé un jour à mener une enquête sur ce modeste valet de ferme qui, jusqu’à son départ pour la guerre, ne s’était pas aventuré plus loin que Pouancé, à quelques kilomètres de Saint-Michel-et-Chanveaux, son village natal du Maine-et-Loire. Sans que j’en aie eu d’emblée conscience, Édouard allait me servir de guide pour me conduire jusqu’à mon père à l’égard de qui j’avais une lourde dette. Estimant que la succession des générations de "gueux" avait assez duré, Eugène Péan s’était battu pour que son fils rompe ce terrible enchaînement. Lui aussi avait vécu en forêt sous la hutte de bûcheron de son propre père. Et lors du recensement de 1936, face à son nom, j’ai pu lire le mot – domestique ". Jusqu’à lui, les Péan ont été des – indigènes de la République ", taillables et corvéables à merci, pour qui la citoyenneté était un mot vide de sens. Cette enquête intime menée avec la même rigueur et la même persévérance que j’ai mis naguère à redécouvrir Jean Moulin ou François Mitterrand m’a fait mettre au jour de pesants secrets de famille, mais aussi permis d’entendre, sous les doigts de mon père, comme l’écho de sa voix, les accents de son accordéon..

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